Petit retour et appel à texte

  Après avoir récemment découvert quelques sympathiques textes sur le site des éditions de l’Abat-Jour je me suis mis en tête que ma participation à l'appel à texte du moment pourrait être intéressante étant donné les différents genres proposés autour du thème "Ruines et Vestiges" : dystopie, post-apocalypse, SFFF, etc. J'ai donc commencé la rédaction d'une petite nouvelle en février pour pouvoir la rendre à temps mi-mars. 
  Je n'ai pas été retenu, mais cela n'a été du ressort que d'une seule et unique personne, l'avis était donc tout à fait personnel. Je vous propose, ici, de la lire ou de la télécharger, car elle a tout autant sa place sur ce blog que mes précédentes nouvelles. Bonne lecture. 


Le festival international du film fantastique de Gérardmer 2014

   J'ai donc pu cette année et pour la 4e fois en tout m'évader quelques jours dans une petite bourgade des Vosges afin d'assister à son 21e festival du film fantastique. Ici à Gérardmer ce n'est pas bien grand mais suffisamment pour accueillir toute une populace de festivaliers, un jury complet et pour faire tourner non-stop les quatre salles de cinéma de la petite ville. Quatre salles qui ne sont vraisemblablement pas du tout égales que ce soit en taille, confort, ainsi qu'en ordre de priorité, en d'autres termes il faut adapter son planning et ne pas avoir peur d'attendre une heure avant chaque film, qu'il pleuve ou qu'il vente. Il y a donc dans un ordre croissant de confort : le Casino, l'espace Lac, Le MCL et le Paradiso.



   Le festival mélange les genres. Les films fantastiques étant le plus souvent en majorité, les films d'horreur ont aussi leur place ainsi que la science-fiction, même si celle-ci se fait beaucoup plus timide. Après m'être rendu à l'espace tilleul pour acheter mes pass je fonce en direction de l'espace Lac pour assister à la projection du premier film en compétition de la journée. Et la suite va s'enchaîner très rapidement.


Dark Touch | Marina de Van | France, Irlande, Suède 

     Une petite fille plutôt tourmentée semble posséder des pouvoirs télékinétiques qui se déclenchent lorsqu'elle ressent de fortes émotions. L'image est très monochrome, mais plutôt de bonne facture. Quand l'histoire prend place l'on se rend vite compte que tous les éléments du scénario s’enchaînent chromatiquement afin de créer un contexte qui fera pleurnicher la petite Neve. Aucune surprise de ce côté-là. Le spectateur est laissé pour compte et Neve continue d’extérioriser sa tristesse sur les objets et meubles qui l'entourent tuant au passage les malheureux se trouvant là. Le final est décevant et monté à la hache et à la colle UHU. J'ai voté moyen. 



All Cheerleaders Die | Lucky McKee & Chris Sivertson | USA


   Remake du même film réalisé par les mêmes réalisateurs en 2001. Les pom-pom girls du Blackfoot High, de jeunes et jolies fleurs dévergondées, maintiennent une fragile relation avec l'équipe de football américain du lycée. Mais quand Mäddy Killian, une fille plutôt bornée décide de les rejoindre la tendance va plutôt s'inverser. Au menu,  magie noire, sorcières et morts-vivants, des scènes plutôt lourdingues, mais parfois amusantes et un casting pas trop mauvais pour un teen-movie qui manque cruellement de bons goûts. (film hors compétition)


Rigor MortisJuno Mak  | Hong Kong

   Ce jeune réalisateur né à Hong-Kong nous pond ici une bouillabaisse asiatique complètement délurée et riche en saveurs horrifiques. On y croise de tout dans ce vieux HLM en béton, des fantômes, des zombies et même un vampire. Des influences directement repiquées des vieilles pellicules de films de fantômes chinois des années 80. Une surenchère qui ne laisse aucun répits au spectateur. Si la réalisation et l'exotisme y sont très soignées ce film n'aura créé chez moi qu'un blocus émotionnel. J'ai voté mauvais.


Mindscape | Jorge Dorado | Espagne

   
   Si cette petite surprise hors compétition ne m'aura pas coupé le souffle elle aura au moins eu le mérite de me faire vivre un bon moment de cinéma. A mi-chemin entre Inception de Nolan et Trance de Danny boyle (le budget en moins) le scénario teinté de floue artistique et d'images subliminales nous tient en haleine jusqu'aux cinq dernières minutes. Le piège aurait été que la narration de cette histoire d'hypnose et de subconscient soit illisible et tarabiscotée et que les acteurs en pâtissent au point de rendre le métrage impénétrable, fort heureusement il n'en est rien. 


Miss Zombie | Sabu | Japon 

   Comment vous parler d'un film qui à l'heure où j'écris ces quelques lignes a été récompensé par le Grand Prix du festival et qui est à la fois le 2e film durant mon séjour pour lequel j'ai voté mauvais ? Ce film conceptuel nous présente le train-train quotidien d'un ménage à trois en plein nécrose. En effet, un couple aisé de provinciaux japonais décide de se "procurer" une jeune femme mort-vivante afin de lui octroyer des tâches ménagères simples, dont gratter inlassablement à l'aide d'une brosse une placette entourée de murs en ruine (à quoi bon). L'image, non contente d'être hyper répétitive et cloisonnée, est aussi en noir et blanc. Ce dernier détail ne m'a présenté aucun intérêt supplémentaire si ce n'est de me faire dire "ah c'est en noir et blanc" ! Aussi ennuyeux que les protagonistes eux-mêmes. 


Tombville | Nikolas List | Belgique

  Sans nul doute le film le plus raté des sorties 2013. Une soupe grotesque d'images occultées par du vide au milieu d'un brouhaha clownesque névrosé. Un type perd la mémoire et se retrouve perdu en pleine forêt. Une forêt habitée par une bande de paysans grotesques qui ne savent pas ce qu'est un téléphone puis la scène d'après, en fait si ... Vivement que ce film hors compétition se termine me suis-je dit. 


The Last Days on Mars | Ruairi Robinson | Uk, Irlande



  Les dernières 24 heures mouvementées que vont vivre des scientifiques postés sur Mars. A bord de la base Tantalus de la première mission habitée, un chercheur va faire une découverte surprenante. Voilà le film en compétition qui aurait dû être primé et je ne dis pas ça parce que le scénario comporte des éléments de science-fiction, non mais bien parce que ce film fonctionne. Il est prenant, haletant et juste efficace. Il y a certes des choses à redire, mais à ce moment là du festival il me parut adapté de la fermer et d’apprécier les dernières images en 24fps de mon séjour. Un dernier film que j'ai noté excellent, sans surprise.


La lac de Gérardmer

   Je suis très déçu de la programmation et de l'organisation de cette année et encore plus du palmarès. Sans parler du fait que les tarifs augmentent aussi chaque année. Mais il est toujours agréable de partager sa passion  pour le cinéma de genre avec les festivaliers qui subissent le même sort que vous dans les files d'attente ou dans le chahut agréable et contrôlé des salles. Et si l'année prochaine je dois à nouveau y participer, je ferai sûrement les quatre jours complets et avec un peu de chance l'édition numéro 22 sera un millésime. 

Aurélien

La stratégie Ender (le film)

   "La stratégie Ender" est pour les uns un roman de science-fiction écrit par Orson Scott Card publié en 1986 en France et pour les autres un récent blockbuster hollywoodien qui est sorti dans les salles le 6 novembre 2013. Ni voyez aucunes discriminations dans ces propos je tenais juste à prendre un raccourci pour vous suggérer d'aller jeter un coup d'oeil aux articles que j'ai consacrés à la saga, ici. Maintenant voyons ce que cette adaptation a dans le froc !





Ender's Game de son vrai nom 

   Il y a quelques décennies des êtres insectoïdes extraterrestres appelés doryphores envahirent la Terre. Débuta alors une guerre sans mercis qui ne laissa plus vraiment d'espoir à la race humaine. Mais le commandant de la Flotte Internationale en personne, Mazer Rackham, un pilote à la bravoure démesurée s'engagea tête baissée dans le ventre d'un vaisseau porteur ennemi et les chasseurs extraterrestres tombèrent comme des mouches, l’humanité était sauvée. Mais voilà, cette situation n'allait pas durer indéfiniment. La planète des doryphores existait toujours et la prochaine attaque plus imminente que jamais serait surement la dernière.


   En orbite autour de la terre, il y a l'Ecole de guerre où sont entraînés de jeunes enfants - ayant tout juste fini leurs études - à se battre dans des salles de jeu dédiées, en l'absence de gravité. Andrew "Ender" Wiggins est un jeune garçon qui a été sélectionné pour suivre ces rudes entraînements  ces jeux de guerre. Il est timide, chétif et peu apprécié des autres, mais pour le colonel cela n'a pas d'importance. Ender possède un potentiel énorme, une rage infantile que le colonel Graff compte bien extirper de sa coquille par le biais de l'Ecole de guerre afin d'en faire un soldat exemplaire, digne du héros Mazer Rackham.



Qui est ce monsieur ?
   
   On ne peut pas dire que Gavin Hood ait réussi jusqu'ici à faire parler de lui en tant que cinéaste. Mais notons tout  de même qu'il est le réalisateur d'une huitaine de films et que l'un des plus gros budgets qu'il ait alloué à l'une de ses productions est revenu au regrettable "X-Men Origins : Wolverine" alors pour ce qui était de mes attentes concernant "La stratégie Ender" je peux vous assurer qu'elles étaient fébriles ; intensément optimistes et pleines de vide.


Stratégie ou tragédie ?

   Le film démarre très rapidement et enchaîne les premiers chapitres du bouquin avec une rapidité presque nauséabonde, les scénettes s'encastrent comme dans une bande-dessinée et les personnages tombent du ciel comme des bisounours. Subterfuge clairement réalisé afin de raccourcir les plusieurs années de l'enfance d'Ender qui sont racontées dans le roman et qui le séparent de son admission à l'école de guerre. 
 Le décollage de la navette depuis la Terre en direction de cette dernière marque pour le coup le réel début du film ce qui fait carrément passer le premier quart d'heure pour un simple rodéo narratif qui tend à rester fidèle à l'oeuvre de Card mais un tantinet cafouilleux.


Garde-à-vous la bleusaille !
   Puis le film commence à prendre ses aises, on apprend à connaitre les nouveaux partenaires de "Jeu" d'Ender ainsi que ses supérieurs de façon moins intrusive le tout dans un style assez propre et politiquement correct, quoique apprendre à des enfants à faire la guerre reste tout à fait discutable. Là aussi, l’évolution d'Ender au sein de l'Ecole de guerre va se faire assez rapidement et le cheminement qu'il suit dans le livre n'est pas tout à fait respecté ici, cela nous évitera quelques redondances liées aux entraînements probablement et autres batailles contre les différentes équipes qui englobent une partie du roman. Les entraînements se font finalement plus rares qu'on pourrait le penser mais ceux-ci restent plutôt charmants et encore une fois très fidèles. Toute l'histoire est finalement très bien transposée et les raccourcis pris pour l'adaptation au cinéma me semblent à mon sens tout à fait légitimes. On notera tout de même la disparition totale des activités anonymes commanditées par Peter et Val et consacré à la publications de messages pertinents sur certains forums politiques. Peter et Valentine, le frère et la sœur d'Ender ne sont malheureusement qu’effleurés dans le film et n'ont pas vraiment d’intérêts à l'écran sinon de réactiver certains sentiments perdus au fond de la tête du petit Wiggins. Après tout qu'est ce qu'une histoire de forum politique viendrait faire dans un film comme celui-là ? je vous le demande ...

   L'écriture est plutôt agréable même si certains dialogues ne font pas mouche là où ils devraient normalement nous rendre empathique et jouer avec nos sentiments les plus profonds, la magie du cinéma a du mal à opérer. Le jeu d'acteur d'Asa Butterfield (Ender) et vraiment bon, il ne sourit presque jamais tout en laissant une porte ouverte au spectateur sur sa personnalité par des regards en coin et quelques attitudes nonchalantes, rebelles et parfois mal assurées, ce qui permet de combler ce léger manque de partage émotionnel cité plus haut. 



Ender en grand maestro de l'espace

   Le reste du casting est plutôt chouette, Harrison Ford en (trop) vieux colonel manipulateur et acariâtre, Aramis Knight dans le rôle du petit "Bean" qui est plutôt convaincant malgré son temps de présence dans le film plutôt limité par rapport à l’intérêt que lui porte Ender dans le livre, et pour finir Ben Kingsley recouvert pour le coup d'un tatouage Maori sur toute la tronche, anecdotique mais assez photogénique. 


   Les effets spéciaux sont de très bonne facture. Tout en nuances et affranchi d'une réelle touche artistique, les scènes plus dynamiques et les panoramas cosmiques ne manqueront pas de titiller le fan de space-opéra qui est en vous. Petite mention spéciale pour les zooms ultra-rapides qui permettent à la Flotte Internationale de choper des images de l'espace en live. Quant à la bande originale elle est très jolie dans l'ensemble, tantôt mélodieuse tantôt électronique le petit protégé d'Harry Gregson-Williams, Steve Jablonsky fait un travail tout à fait honorable.  



Les insectes sont nos amis

    "La stratégie Ender" au cinéma est un film à voir rien que pour le propos qu'il tient, c'est une histoire forte et grave reposant sur une science-fiction mature qui n'a pas de prétention, faisant appel à notre sensibilité il a l'avantage de pouvoir être regardé par les plus jeunes ; la lecture et la compréhension finale du long-métrage restent tout de même relatives, avec un léger avantage pour ceux ayant eu la version papier entre les mains. Je vous conseille d'ailleurs de lire la saga dans son entièreté car les aventures d'Ender ne s'arrêtent heureusement pas là. Ainsi contre toute attente je suis ressorti de la salle de cinéma fraîchement ravis, ma fébrilité avait disparu et ma peur des insectes aux pattes crochues aussi. 


Aurélien