Ray Bradbury, le contre-utopiste

   Nous avons tous appris, le 5 juin 2012, le décès de l'écrivain Ray Bradbury.  Alors âgé de 91 ans il nous quittait laissant une pléthore de nouvelles remarquablement bien écrites derrière lui. Bien que la plupart de celles-ci missent en scène la colonisation de Mars par les Terriens  (voir : Les chroniques martiennes) d'autres nous projetaient dans un sombre futur mélancolique et pessimiste. Son style d'écriture atypique regroupant tantôt de la poésie tantôt des références historiques américaines, est reconnaissable parmi cent autres. Cet article est avant tout un hommage avant d'être une chronique. 


Ray Bradbury,1920-2012


   Mr Bradbury est née le 22 août 1920 à Waukegan  dans l'Illinois. Il consacre une grande partie de sa jeunesse à l'écriture et passe le reste de son temps à la bibliothèque municipale. À quatorze ans, ses parents et lui partent s'installer à Los Angeles. Et c'est à l'âge de 17 ans qu'il publie sa première nouvelle (Script) dans une revue spécialisée. À partir de là, les choses s’enchaînent dans cette même voie, les études ne l'intéressent guère, il préfère vendre des journaux dans la rue. 
   Chemin faisant il continue de se rendre à la bibliothèque pour lire ses héros préférés, tels que Flash Gordon et Buck Rogers. Ceux-ci l'influeront largement quant à la rédaction de ses propres nouvelles. 


«La chose la plus amusante dans ma vie, c'était de me réveiller chaque matin et de courir jusqu'à la machine à écrire parce que j’avais eu une nouvelle idée»  se félicitait-il en 2000.

   Sa première nouvelle de science-fiction, "Le pendule", est publiée en novembre 1941 dans "Super Science Story".  Mais il se consacre aussi à l'écriture de recueils fantastiques comme, "Les pommes d'or du soleil" (1953), "Le pays d'octobre" (1955). L'horreur est un style qu'il maîtrise aussi parfaitement et cela se remarque dans certaine de ses nouvelles de science-fiction, telles Usher II (Chroniques martiennes), La ville (L'homme illustré).




   Pour autant que l'on puisse dire que Bradbury est un écrivain de science-fiction, il n'en reste pas moins un touche-à-tout. Il ne s'est jamais enfermé dans un seul style d'écriture, et n'a jamais eu la prétention d'appliquer une quelconque science à ses écrits, voilà aussi pourquoi il reste à ce jour un écrivain qui ne rentre pas dans une unique catégorie comme, par exemple Robert A. Heinlein (1907-1988) écrivain de science-fiction engagé que Bradbury a pu rencontrer au "Los Angeles Science Fantasy Society" (LASF) au début des années 40. Bradbury savait tout aussi bien traiter des sujets difficiles : la colonisation, le racisme etc... 


<<- Quoi ?
- Les nègres, les nègres !
- Qu'est-ce qu'ils ont fait ?
- Ils s'en vont ! ...>>
   C'est bien cela, ils quittent l'Amérique, ils s'en vont sur Mars, ils se libèrent des ghettos, des lynchages, de la misère, de l'injustice, comme ça, en partant. On les voit défiler dans la rue principale d'une petite ville du sud avec leurs pauvres possessions, et rien ne peut les arrêtrer. Ils ne répondent pas, sauf un qui dit : 
<<- Monsieur Teece, Monsieur Teece, qu-est-ce que vous allez faire de vos nuits, à présent ?>>
   A quoi Teece ne trouve à répondre que ceci, quand ils ont tous disparu :
<<- Vous avez remarqué ? Jusqu'au dernier moment, par Dieu, il a dit : Monsieur ! >>


Extrait de "A travers les airs", 1950, repris dans les chroniques martiennes.


   Auteur prolifique, qui a écrit pas moins de cinq cents nouvelles, une trentaine de romans dont l'incontournable "Fahrenheit 451"(1955) , des contes, des poèmes, on lui doit aussi de nombreuses pièces de théâtre et des scénarios pour le cinéma et la télévision.
   Pendant 23 ans, il n'écrira plus rien et ce jusqu'en 1986 où il sortira "La solitude est un cercueil de verre". Alors qu'il continuera à écrire régulièrement pendant encore pas mal d'années, il est victime en 1999 d'une attaque cérébrale mais cela ne l’empêchera pas de poursuivre son oeuvre en la dictant à sa fille. 


   Bradbury, le visionnaire mélancolique, créateur de nombreux personnages haut en couleur, parfois humoristiques parfois sarcastiques, il maniait l'anglais avec intelligence, tournant, retournant ses phrases pour les sublimer de vers, d’épithètes vagabondes, rendant la lecture de ses récits intuitive, onirique et parfois merveilleuse. 


   « Avant tout, je n'écris pas de science-fiction. J'ai écrit seulement un livre de science-fiction et c'est Fahrenheit 451, basé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le Fantastique est une description de l'irréel. Donc les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c'est du fantastique. » Interview de R.Bradbury dans le Grandfather Time.


   Le 1er avril 2002 il se voit décerner la 2193e étoile - en son nom - sur le "Walk of Fame" à Hollywood. Il nous quitte le 5 juin 2012 laissant derrière lui un univers littéraire que je vous conseille vivement de découvrir. 

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