Dessine-moi un mouton électrique (2/2) : Les pochettes de notre enfance

--> 1ère partie : Le monde de Tim White

   Ah l'odeur si particulière vanille et moisie d'un vieux livre récupéré au fond d'un carton ou acheté dans une bourse aux livres. La texture parfois collante due à la poussière qui avec le temps c'est littéralement fossilisée avec la couverture. Et parfois, une illustration à deux doigts de passer dans le kitch, avec ses couleurs criardes et ses grossiers visages difformes. Mais voilà c'est exactement tout ce que j'aimerais défendre dans cette deuxième partie de chronique destinée aux oeuvres graphiques de la science-fiction. Ces chères illustrations qui sont à l'origine même de nos souvenirs les plus enfouis. Quand l'on tente de se souvenir d'une histoire lue par le passé ne visualise-t-on pas en premier lieu la couverture ou du moins ses formes, ses couleurs ? Comme s'il s'agissait d'elle et non de l'histoire qu'elle contient. L'illustration est donc aussi utile que le résumé de l'histoire, voire plus. Mais chaque lecteur associe la couverture et le texte de manière totalement différente. Et si le verbe "associer" dans la précédente phrase semble péjoratif, comme pour définir une situation incontrôlable où notre esprit aurait tendance à se focaliser bêtement sur la pochette d'un livre créant en nous un amalgame de trois sentiments différents : de l'attirance, de la curiosité ou de l'aversion ; il donne aussi un bon coup de pouce aux lecteurs dont l'imagination se trouve moins fertile. Mais comme tout art, le genre et la tendance ont évolués. A l'heure où les illustrations se noient dans la masse, trop communes et pas assez originales pour attirer l'oeil d'un lecteur averti. Trop photoshopées, retouchées, retournées pour avoir une vraie identité. Mais il y a autre chose, une autre variable à prendre en compte, c'est le ton employé (le trait, les couleurs).

   Ce qui m’intéresse ici ce sont les pochettes de romans de science-fiction populaires et par extension de fantaisie (au format livre de poche "j'ai lu"). Voici quelques collections classées par illustrateurs de manière à pouvoir faire le lien entre les différentes oeuvres. 

- Hubert de Lartigue, illustrateur français né en 1963 à angers. Il débute sa carrière en peignant de la S-F et des pin-up pour des magazines. Aujourd'hui il s'oriente plus vers le photoréalisme. 



- Michel Whelan, né en 1950 en Californie et un peintre illustrateur de science-fiction et d'heroic fantasy. En 1993 il réalise aussi la pochette de l'album "Bat Out of Hell II: Back Into Hell" du groupe de hard-rock "Meat Loaf ".





- Philippe Cazaumayou (Caza), illustrateur et scénariste français né en 1941 à Paris. D'abord graphiste publicitaire il se consacre en 1980 définitivement à la science-fiction en travaillant avec : "J'ai lu SF", "Métal Hurlant" et "Les Humanoïde Associés".


La légion de l'espaceAbzalon
        A la poursuite des Slans         Le cycle de Tschaï


- Tibor Csernus, né en Hongrie en 1927. Il étudie les beaux-arts avant de partir s'installer en 1964 à Paris. 

Le monde des AAu bout du labyrintheAlien : Le huitième passager       2001 l'odyssée de l'espace



- Wojciech Kazimierz (Wojtek) Siudmak, peintre d'origine polonaise né en 1942, il vit aujourd'hui en région parisienne. Il est à l'origine d'une bonne centaine d'illustrations de fantasy et de science-fiction. Et vous devriez sans mal reconnaître l'une de ces pochettes.  



   Voilà un bref petit tour d'horizon des couleurs qui ont bercé la science-fiction (en France) ses 30 dernières années. Les pochettes ne sont pas toutes représentatives des oeuvres présentées car beaucoup d'entre elles se sont vues rééditer à plusieurs reprises, popularité oblige. Mais ce qui importe c'est le message transmit au lecteur. Si l'illustration de romans policiers, de thrillers psychologiques ou de tout autre style littéraire repose sur une scène, un personnage, quelque chose de facilement déchiffrable, la S-F à quant à elle beaucoup plus de choses à faire passer par la première de couverture. Le but étant d'attirer la curiosité des lecteurs, voire de littéralement les noyer dans un complexe rituel empli de questions existentielles. Mais la S-F ne répond pas aux questions existentielles, elle ne fait que nous montrer une nouvelle façon de se les poser. 

Dessine-moi un mouton électrique (1/2): Le monde de Tim White

   Que serait un roman sans son illustration ? Le premier regard porté sur la couverture d'un livre bride-t-il notre imaginaire en nous empêchant de lire le contenu avec moins de liberté ou au contraire participe-t-il à une meilleure mise en place du monde dans lequel l'on s'immerge ? La science-fiction (et le fantastique) est de loin le style littéraire qui demande le plus de précision et de détails pour que le lecteur puisse au mieux appréhender l'histoire qu'il va découvrir. Néanmoins, comme pour tous médias assujettis à sa présentation visuelle, le premier contact peut aussi rebuter la personne, qui reposant le livre à son point d'origine n'aura même pas pris le temps de lire le résumé. Ou quand l'illustrateur pénalise l'auteur. L'effet inverse est nettement plus frustrant pour le lecteur, mais ce n'est pas parce que l'on n'aime pas une oeuvre qu'elle est forcement mauvaise.

   Dans cette première partie de chronique, je voudrais mettre en avant un artiste illustrateur nommé Tim White qui a beaucoup contribué, dans les années soixante-dix, à rendre des oeuvres de science-fiction plus vivantes et à imaginer ce que bon nombre d'auteurs, de réalisateurs ne pouvaient pas concevoir par manque d’inspiration. 
   Tim White fait partie de ces artistes au trait si particulier, mélange de délires oniriques et de visions technologiques aux détails si fins que l'on en aperçois qu'une infime partie à première vue. A l'instar d'une histoire dont les descriptions sont si précises et parsemées que l'on découvre de nouveaux endroits à chaque relecture. Ce qui fait la force d'une histoire repose principalement sur les facultés que possède l'écrivain à exprimer et présenter son univers. 


Ship - Tim White
Ship 
   Parfois un dessin fait beaucoup plus que simplement illustrer une histoire. A l'époque, où bon nombre de progrès extraordinaires ont vu le jour et ou la tendance pouvait passer du plausible à l'improbable, la science-fiction et ses représentations graphiques profitèrent largement au développement technologique. Un exemple célèbre est celui d'Arthur C. Clarke, qui décrivit dans un roman en 1945, le principe de satellite pouvant servir de relais de télécommunications. Et le 18 juillet 1962, la réception de la première Mondovision grâce à ce système imaginé 17 ans auparavant.


A Scent of New-Mown Hay - Tim White
A Scent of New-Mown Hay


   Tim White est né en Angleterre en 1952. Dès son plus jeune âge il veut devenir illustrateur et, en 1968 il rentre au "Medway College of Art" pour suivre un cours d'illustration générale. Évoluant par la suite dans un milieu commercial il commence à développer un style personnel, sur lequel l'on retrouvera déjà une empreinte fantastique.
   En 1972, Tim arrête les études et poursuit sa vie professionnelle comme illustrateur pour la publicité. Se faisant repérer assez rapidement de part son style graphique marginale, il trouve par la suite satisfaction dans des commandes privées qu'il reçoit dans le domaine de la science-fiction et du fantastique. 
   Puis en 1974 il reçoit sa première commande de couverture pour le livre d'Arthur C.Clarke "The Other Side of the Sky"(ci-dessous), ce qui le projette dans une nouvelle vie d'illustrateur indépendant. 
   Aujourd'hui l'on retrouve ses oeuvres un peu partout : pochettes de disques, illustrations de revues, commandes privées, films.


The Other Side of the Sky

   Passant du fantastique à la science-fiction parfois perdu dans l'abstrait ou la symbolique d'une scène salvatrice mélangeant agréablement certain objet de la vie de tous les jours avec des environnements spatiaux, peignant des paysages aussi beaux qu'intrigant en partant du principe que les détails et les organismes étrangers doivent y être le plus harmonieux possible, Tim White est une sorte de visionnaire optimiste. Il peint parfois en s’arrêtant insolemment sur la ligne invisible qui sépare le concevable de l'imaginaire. Il peut nous présenter des choses communes et peu intéressantes sous de toutes nouvelles formes, nous amenant à croire que nous étions jusqu'à présent dans l'erreur concernant l'identité originelle de l'objet. Il détourne notre attention pour mieux nous percuter. Mais c'est précisément pour cela que ses dessins sont touchants, sans repères familiers une oeuvre ne pourrait pas nous atteindre. Je vous laisse apprécier quelques-unes de ses oeuvres tirées du livre "La science-fiction et le fantastique de Tim White". Cliquez dessus pour les agrandir.

 The Dark Side of the Sun - Tim White
                         City of the Beast                                     The Dark Side of the Sun

 Gather Darkness  - Tim White Revolt in 2100 - Tim White                                   
                    Gather Darkness                                        Revolt in 2100

Space Cracker - Tim White
Space Cracker
                                                                       

  Thorns - Tim WhiteLion Game  - Tim White
                            Thorns                                                    Lion Game                

  Il n'y a pas (ne doit pas avoir) de limite à l'imaginaire et ce "Space Cracker" (plus haut) en est la preuve. Pourquoi s'en arrêter là alors ? Qu'y a-t-il au delà de cette barrière de restrictions morales et intellectuelles ? Peut être qu'au niveau supérieur se situe l'abstrait, quoi qu'il en soit toutes ces pochettes, jaquettes et autres Artworks  n'ont pas fini de nous faire rêver. Finalement, les seules restrictions de notre imaginaire sont celles que l'on s'impose. Si en regardant le dessin "Lion Game" vous vous demandez pourquoi cette créature n'a pas de pattes postérieurs, alors elle n'en aura probablement jamais.
  
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Bernard Werber : Ses nouvelles prédictions

   Après avoir été emporté dans le royaume infiniment petit qu'est celui des "Fourmis" au travers de cette non moins connue trilogie éponyme, nous vantant les mérites d'une communauté d'insectes parfaitement organisés, insinuant au lecteur que la race à laquelle il appartient ne leur arrive, de loin, pas à la patte. Après avoir voyagé sous forme d'ectoplasme jusqu'au firmament avec comme seule assurance vie un cordon ombilical reliant mon ombre voyageuse à mon corps volontairement dévitalisé dans l’intérêt d'un nouveau genre de tourisme "paradisiaque", très mal vécu par Saint Pierre dans "Les Thanatonautes". Et enfin, pour ma part, après avoir lu différentes versions de son "Encyclopédie du savoir relatif et absolu" afin d’engranger un maximum d'informations, de faits scientifiques, d’anecdotes parfois sans intérêts mais qui sont si chères à cet auteur, Bernard Werber. J'ai encore deux choses à accomplir  : Lire tous ses livres depuis "Le père de nos pères" parut en 1998 et attendre patiemment la sortie de son nouveau roman intitulé "Troisième humanité" qui sortira le 3 octobre prochain. 




   Au bout de deux ans ans d'écriture et plus de vingt ans après le commencement du premier tome de la trilogie des Fourmis, Bernard Werber nous pond son 21ème roman. Auteur devenu populaire dans les années quatre-vingt-dix, en partie grâce à son imaginaire suralimenté par une insatiable curiosité du monde qui nous entoure et sa capacité à faire évoluer, dans ses histoires, des protagonistes lambda au travers desquels chacun peut facilement s'identifier. Werber a largement contribué à la popularisation de la littérature fantastique - et de science-fiction - qui en France, selon moi, était jusque-là un peu trop timide ce qui n'était pas pour déplaire à une nouvelle communauté, alors en pleine démocratisation, celle des geeks. 

   Tout est possible, même sur "L'arbre des possibles", créez votre propre scénario et alimentez une base de données communautaires. En attendant la sortie de "Troisième humanité" le 3
octobre 2012, réfléchissez déjà à quoi pourrait ressembler la deuxième !