Dessine-moi un mouton électrique (1/2): Le monde de Tim White

   Que serait un roman sans son illustration ? Le premier regard porté sur la couverture d'un livre bride-t-il notre imaginaire en nous empêchant de lire le contenu avec moins de liberté ou au contraire participe-t-il à une meilleure mise en place du monde dans lequel l'on s'immerge ? La science-fiction (et le fantastique) est de loin le style littéraire qui demande le plus de précision et de détails pour que le lecteur puisse au mieux appréhender l'histoire qu'il va découvrir. Néanmoins, comme pour tous médias assujettis à sa présentation visuelle, le premier contact peut aussi rebuter la personne, qui reposant le livre à son point d'origine n'aura même pas pris le temps de lire le résumé. Ou quand l'illustrateur pénalise l'auteur. L'effet inverse est nettement plus frustrant pour le lecteur, mais ce n'est pas parce que l'on n'aime pas une oeuvre qu'elle est forcement mauvaise.

   Dans cette première partie de chronique, je voudrais mettre en avant un artiste illustrateur nommé Tim White qui a beaucoup contribué, dans les années soixante-dix, à rendre des oeuvres de science-fiction plus vivantes et à imaginer ce que bon nombre d'auteurs, de réalisateurs ne pouvaient pas concevoir par manque d’inspiration. 
   Tim White fait partie de ces artistes au trait si particulier, mélange de délires oniriques et de visions technologiques aux détails si fins que l'on en aperçois qu'une infime partie à première vue. A l'instar d'une histoire dont les descriptions sont si précises et parsemées que l'on découvre de nouveaux endroits à chaque relecture. Ce qui fait la force d'une histoire repose principalement sur les facultés que possède l'écrivain à exprimer et présenter son univers. 


Ship - Tim White
Ship 
   Parfois un dessin fait beaucoup plus que simplement illustrer une histoire. A l'époque, où bon nombre de progrès extraordinaires ont vu le jour et ou la tendance pouvait passer du plausible à l'improbable, la science-fiction et ses représentations graphiques profitèrent largement au développement technologique. Un exemple célèbre est celui d'Arthur C. Clarke, qui décrivit dans un roman en 1945, le principe de satellite pouvant servir de relais de télécommunications. Et le 18 juillet 1962, la réception de la première Mondovision grâce à ce système imaginé 17 ans auparavant.


A Scent of New-Mown Hay - Tim White
A Scent of New-Mown Hay


   Tim White est né en Angleterre en 1952. Dès son plus jeune âge il veut devenir illustrateur et, en 1968 il rentre au "Medway College of Art" pour suivre un cours d'illustration générale. Évoluant par la suite dans un milieu commercial il commence à développer un style personnel, sur lequel l'on retrouvera déjà une empreinte fantastique.
   En 1972, Tim arrête les études et poursuit sa vie professionnelle comme illustrateur pour la publicité. Se faisant repérer assez rapidement de part son style graphique marginale, il trouve par la suite satisfaction dans des commandes privées qu'il reçoit dans le domaine de la science-fiction et du fantastique. 
   Puis en 1974 il reçoit sa première commande de couverture pour le livre d'Arthur C.Clarke "The Other Side of the Sky"(ci-dessous), ce qui le projette dans une nouvelle vie d'illustrateur indépendant. 
   Aujourd'hui l'on retrouve ses oeuvres un peu partout : pochettes de disques, illustrations de revues, commandes privées, films.


The Other Side of the Sky

   Passant du fantastique à la science-fiction parfois perdu dans l'abstrait ou la symbolique d'une scène salvatrice mélangeant agréablement certain objet de la vie de tous les jours avec des environnements spatiaux, peignant des paysages aussi beaux qu'intrigant en partant du principe que les détails et les organismes étrangers doivent y être le plus harmonieux possible, Tim White est une sorte de visionnaire optimiste. Il peint parfois en s’arrêtant insolemment sur la ligne invisible qui sépare le concevable de l'imaginaire. Il peut nous présenter des choses communes et peu intéressantes sous de toutes nouvelles formes, nous amenant à croire que nous étions jusqu'à présent dans l'erreur concernant l'identité originelle de l'objet. Il détourne notre attention pour mieux nous percuter. Mais c'est précisément pour cela que ses dessins sont touchants, sans repères familiers une oeuvre ne pourrait pas nous atteindre. Je vous laisse apprécier quelques-unes de ses oeuvres tirées du livre "La science-fiction et le fantastique de Tim White". Cliquez dessus pour les agrandir.

 The Dark Side of the Sun - Tim White
                         City of the Beast                                     The Dark Side of the Sun

 Gather Darkness  - Tim White Revolt in 2100 - Tim White                                   
                    Gather Darkness                                        Revolt in 2100

Space Cracker - Tim White
Space Cracker
                                                                       

  Thorns - Tim WhiteLion Game  - Tim White
                            Thorns                                                    Lion Game                

  Il n'y a pas (ne doit pas avoir) de limite à l'imaginaire et ce "Space Cracker" (plus haut) en est la preuve. Pourquoi s'en arrêter là alors ? Qu'y a-t-il au delà de cette barrière de restrictions morales et intellectuelles ? Peut être qu'au niveau supérieur se situe l'abstrait, quoi qu'il en soit toutes ces pochettes, jaquettes et autres Artworks  n'ont pas fini de nous faire rêver. Finalement, les seules restrictions de notre imaginaire sont celles que l'on s'impose. Si en regardant le dessin "Lion Game" vous vous demandez pourquoi cette créature n'a pas de pattes postérieurs, alors elle n'en aura probablement jamais.
  
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1 commentaire:

Draven a dit…

Très chouette cet article ! Plus jeune, je passais beaucoup de temps à regarder les illustrations des bouquins de science-fiction (même si je ne lisais pas les livres) et je les trouvais souvent intrigants et passionnants. Ils auraient clairement été un facteur d'achat à ce moment-là...

Ce n'est d'ailleurs que bien plus tard que j'ai réalisé que certaines illustrations n'avaient parfois rien à voir avec l'histoire racontée dans le bouquin.

En tout cas je ne connaissais pas le nom de Tim White, mais j'aime beaucoup certaines des œuvres reproduites ici.