Le cycle d'Ender (1/4) : La stratégie Ender

Card le Faiseur

   Je voudrais vous parler d'un auteur de science-fiction que j'affectionne particulièrement et que je considère comme un très grand écrivain contemporain : Orson Scott Card. Après avoir bouclé les quatre tomes de sa célèbre saga intitulée Le Cycle d’Ender, je me devais de faire un article à ce sujet. Que ce soit pour en critiquer les différents aspects, bien que je ne sois pas sûr d'être très doué dans cet exercice, ou dans l'unique détermination complètement gratuite - car totalement objective -  de vous donner envie de lire cette longue saga qui n'a maintenant plus de secrets pour moi et pour tous ceux qui, j'espère, privilégie le Space-opera aux ballets de la renaissance italienne. 


O comme opéra

   Mais tout d'abords, le Space-opera, Kesako ? Et bien c'est un sous-genre de la science-fiction dite traditionnelle. Elle se caractérise par un aspect totalement dépaysant, exotique car, en général l'histoire se déroule très très loin dans l'univers (in a galaxy far far away). La saga "Star wars", pour ce qui est du cinéma, représente à elle seule ce style particulièrement riche en action, en dramaturgie, un monde où il faut parcourir en général des années lumières en hyperespace pour aller parler à son avocat, ou pour aller chez son coiffeur. Un univers où les conflits politiques sont permanents et où la complexité des relations entre les personnages (qui se comptent en général par paquets de douze) impose un style de scénario totalement théâtral. Evidemment le style visuel du space-opera est beaucoup plus édulcoré que son homologue littéraire. 
   
Oui, car l'écriture laisse bien souvent beaucoup plus de place aux dialogues qu'aux batailles spatiales et les voyages interstellaires se font beaucoup plus rares, car soit les ressources énergétiques manquent cruellement soit l'auteur les sacrifie volontairement dans le but de ne pas trop disperser le point de vue du lecteur. Bien sûr cela ne se présente pas de la même manière tout le temps. Je mets seulement l'accent sur le fait que le space-opera dans sa version littéraire est beaucoup plus lente et réfléchie qu'il n'y parait. Cette dernière phrase définit à la perfection le cycle d'Ender.


La stratégie Ender


La stratégie Ender

   Le premier tome La stratégie Ender (Ender's game) écrit en 1977 sous forme de nouvelle est apparu dans son intégralité en 1985. Il présente Ender de son vrai nom Andrew Wiggin durant sa jeunesse et met en avant sa fragilité mentale et physique qui ne fait qu'empirer en présence de son tyrannique grand frère Peter, mais qui trouve parfois du réconfort chez sa grande soeur Valentine. L'on pourrait considérer dès le début de l'histoire que Peter et Valentine représentent de la meilleure manière qui soit sa bonne et sa mauvaise conscience, mais en réalité ils ont bien plus d'influence sur lui que ses propres pensées.   
  
 L'histoire débute réellement quand Ender intègre l'école spatiale. Il n'a vraisemblablement pas été sélectionné au hasard, car on comprend très vite que tous les espoirs ont été placés sur lui. Son intelligence et son ardeur font de lui un élève particulièrement important. Alors qu'Ender s’entraîne à l'école militaire un vrai danger se prépare, les doryphores (êtres insectoïdes intelligents)  risquent de mener une offensive à tout moment. 
  
 Le plus court des quatre tomes de la saga mais certainement le plus populaire. Sa fin est magistrale et complètement inattendue. Ender nous apparaît être un personnage compliqué et manipulateur, mais en réalité on est loin du compte. L'histoire est bien rédigée et les marquages sont nets ; les motivations des haut-placés se dévoilent au fur et à mesure, à chaque début de chapitre et de façon très intelligente (cela sera la marque de fabrique de Card pour la suite). Malheureusement il y a quand même pas mal de longueurs. Tout le passage à l'école de guerre est redondant, bien que nécessaire à l'adoption du personnage d'Ender, il y a quelques lourdeurs à répétition. L'apprentissage aux combats spatiaux redouble de génie, mais au bout de la dixième rencontre entre les armées estudiantines, il était inutile d'en décrire encore les principes et les règles. Étendre une nouvelle d'une trentaine de pages à plus de trois cents cinquante pages n'est jamais facile et cela se ressent dans ce premier volume. A part ce petit défaut l'histoire reste cohérente, intelligente et pleine de valeurs. L’évolution d'Ender dans les différentes armées le rend de plus en plus fort et alerte, car une lourde tâche l'attend aux confins de l'espace.  
   
   Pendant ce temps son frère et sa soeur, restés sur Terre se font passer pour Démosthène et Locke sur le réseau. Manipulant tour à tour l'opinion publique dans le but d'inverser la tendance et d'influencer le système politique. Un contre-pied fortement agréable qui font de ces personnages l'une des clés les plus importantes de la saga. 
   
   Le style d'écriture de Card est particulièrement addictif. Ses descriptions technologiques malheureusement peu présentes dans ce volume font de lui un écrivain érudit et contemporain. Card a pour particularité de donner le rôle principal à des enfants fragiles, manipulés, mais dont le cheminement initiatique révèle au fur et à mesure en eux une sagesse démesurée, La stratégie Ender le prouve. Et ses suites vont mettre en place un univers encore plus riche et captivant. 


Partie 2 : La voix des morts 

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