Le cycle d'Ender (2/4) : La voix des morts

Garanti sans spoilers

Partie 1 : La stratégie Ender 


Le xénocide



    Ender Wiggin surnommé Ender le Xénocide, pour avoir sauvé la race humaine en exécutant, dans la précipitation et la manipulation jusqu'au dernier, toute la race des doryphores qui menaçait de mener une offensive contre la terre avait pris soin de rédiger deux livres. L'un racontant cette infamie, l'autre racontant la vie de son frère, Peter, devenu alors l'Hégémon de la planète Terre. Il les intitula "La reine et l'Hégémon"Mais malheureusement le petit garçon, autrefois admiré pour son intelligence et sa fragilité était maintenant craint tel un monstre indomptable et perfide. 
   
   Mais rien de tout cela n'était réellement applicable en ces temps, car 3000 ans s'étaient déjà écoulées depuis le Xénocide mais Ender était toujours là, et peu de gens le savait.
   Après la grande bataille qui mit un terme à la menace des  doryphores, Ender dut faire face à l'écrasante réalité de son acte et réalisa de quelle cruauté il a été capable. Mais il ne s'en rendit pas compte de lui-même, un dernier oeuf de doryphore, une reine était là, enfuie sur leur ancienne planète maintenant ravagée par les explosions. Quand Ender l'a prit dans ses mains, la reine s'adressa à lui comme si le meurtrier était subitement devenu le sauveur. Après quoi il endossa le rôle de porte-parole des morts.  
   
    C'est ainsi que commença le voyage d'Ender, accompagné de sa soeur Valentine et de la reine des doryphores (l'oeuf). Il passa vingt-six ans de sa vie à pérégriner, en quête d'une nouvelle demeure pour les doryphores parlant les morts des cent planètes, cherchant le salut de son âme dans cette longue mission de sauvetage. Il acheva son voyage sur une planète nommée Trondheim. 3000 ans s'étaient écoulées autour de lui, paradoxe de la relativité du temps dans l'espace quand l'on voyage à des vitesses quasi-luminiques. Ender est maintenant devenu une légende et ses histoires des livres saints, mais toujours pas de planète en vue pour sauver les doryphores.




Lusitania

   A des années lumières de là, sur la petite planète appelée Lusitania, des colons évoluent au rythme des recherches et des expériences menées sur la faune et la flore. Mais ils ne sont pas les seules êtres intelligents à vivre sur Lusitana. D'autres êtres, ressemblant à des petits cochons vivent dans la forêt non loin de Milagre. Ils semblent plutôt primitifs, mais chantent, construisent des maisons et parfois s'adressent aux arbres en faisant des bons et des pirouettes. Mais un jour les recherches tournent mal, un meurtre puis un deuxième. 

   
   Le nom du porte-parole des morts est alors mentionné et Ender intercepte un message lui demandant de se rendre sur Lusitania pour parler les morts ; deux chercheurs qui avaient été sauvagement assassinés par les Piggies ; Pipo et Libo, des xénologues. 
   
   Mais au centre des cent planètes, un danger beaucoup plus gros menace Lusitania : le congrès stellaire. Car quand celui-ci apprend par le biais des ansibles que les piggies ont assassiné des humains, ils envoient une flotte stellaire dangereusement armée en direction de Lusitania. 

 Un deuxième xénocide est-t-il sur le point d'arriver ? 


Et alors ?

   Ce qui fait la force de ce deuxième tome c'est le ton dramatique qui nous est d'emblée imposé. Un réseau complexe de dramaturgie et de nouveaux personnages fortement attachants. Les situations et les points de vues diffèrent totalement du premier livre, car nous avons là droit à trois angles différents. Fini le cheminement claustrophobe d'un apprenti militaire enfermé dans une boite pressurisée aux confins du système stellaire. Dans La voix des morts nous avons définitivement les pieds sur Terre ; enfin sur Trondheim et Lusitania.
   
   Si l'introduction peut sembler un peu complexe, elle s'étale sur plusieurs chapitres ainsi Ender met un bon quart du roman à se décider de donner suite au message qu'il reçoit de Lusitania. Mais il ne décidera pas de son avenir tout seul ...
    
   Les petits Piggies vivants sur Lusitania sont vraiment les personnages charnières de cette suite, car toute l'intrigue repose sur eux. Et le génie de Card est de présenter cette race, les pequeninos (piggies étant péjoratif) comme une espèce primitive, attendrissante et très curieuse, en créant un vrai lien d'affectuosité avec le lecteur et de renverser la situation en une fraction de seconde en leur distribuant un nouveau rôle, celui d'un meurtrier. On ne sait très vite plus où se placer quand le scénario virevolte de cette manière. Heureusement Ender est là, ce personnage que l'on connait maintenant très bien et qui représente à lui tout seul une grande partie de la bonté humaine : l’altruisme, la sagesse, la justice et la bravoure ... le xénocide. Et même s'il émane encore de lui une certaine fragilité, il reste un personnage sur lequel l'on peut aisément se reposer tout au long de l'histoire ; une sorte de grand-frère. 

  Parut en 1986 et récompensé par le prix Hugo, La voix des morts prolonge de manière ingénieuse La stratégie Ender. Une profonde analyse d'un personnage tiraillé entre la bien et le mal, la vie et la mort, la survie et le xénocide ? 


La suite du cycle d'Ender dans le prochain article.

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