La Fin du Monde, de la science-fiction ?

This is the end
   
   Ça y est, ça approche, c'est la fin. L'apocalypse n'est vraiment plus très loin. Elle nous a littéralement enrobé, du haut du crâne au bout des orteils. Elle ne peut plus se passer de nous et nous d'elle. Comme si nous vivions en symbiose depuis plusieurs années et que la vie avait un nouveau synonyme : la mort.



   Ayant depuis quelques semaines atteint des records de trafic sur un article que j'avais rédigé fin août et intitulé "Décadente Apocalypse", je me permets d'en refaire une tartine. Il est surtout intéressant de constater à quel point ce sujet est devenu transparent au sein de la société et qu'en arrière plan, l'individu seul et une fois installé sur sa chaise de bureau, se permet tous les "mots clés" possibles et inimaginables concernant cette fatidique date du 21 décembre : alignement des planètes, fin du monde , abri antiatomique etc. 
   Même si le sujet reste très discret, surtout lors d'une éventuelle discussion entre deux amis, force est de reconnaître qu'il n'est pas encore tout à fait démodé en ce qui concerne son exploitation au sein des médias "internet" et télévisuels. Moi-même étant le premier, de part la présence de cet article, de profiter d'une valeur rendue sûre grâce à internet, pour attirer un certain public dans la toile d'araignée de mon blog. Profiter des bonnes choses n'est pas un acte répréhensible, tant qu'une certaine éthique est conservée. 




Hold your breath and count to ten
   
   Je ne compte pas remuer le couteau dans la plaie, l'aspect technique ayant déjà été traité dans le précédant article sus-nommée. Je ne suis non plus pas là pour dire qui a tort et qui a raison, je pense que chacun est totalement libre de faire la part des choses. Pour certains d'ailleurs ce sera l'instinct de préservation, pour d'autres, juste de la peur et pour la majorité d'entre nous une ineptie sans nom. 
   J'ai récemment été surpris par l'intervention d'un auditeur sur une émission radio que je ne nommerai pas (qui commence par "grosses" et fini par "têtes") qui, de manière totalement légère et convaincue racontait comment il lui était venu l'idée de construire un abri antiatomique dans son jardin en y détaillant ses recoins et son utilité. 


Fallout shelter


   L'abri faisait - selon ses dires - quelques huit mètres carrés de superficie dont environ les deux tiers de l'espace étaient habitables. Six couchettes superposées par trois d'un côté et quelques étagères de l'autre, un système de ventilation et une réserve de nourriture pour trois semaines à un mois si je me souviens bien. Pas de quoi fouetter un chat, car on est loin de la base souterraine américaine ou de la Batcave. Mais ce monsieur avait réussi le pari de réunir assez d'argent pour lancer son projet et de rester suffisamment crédule pour le finir. Car il lui aura quand même coûté la bagatelle de 30.000 Euros. M'enfin, je ne juge pas, croyez-moi. Au bout du compte n'est-il pas naturel de se protéger et protéger sa famille. Dans le pire des cas, si ta famille te prend aussi pour un fanatique illuminé, il ne te restera plus qu'à  t'enterrer vivant et à retenir ta respiration en comptant jusqu'à dix en attendant que je-ne-sais-quoi passe : radioactivité, hiver nucléaire.
   Point d'ironie, car si cela devait vraiment arriver, en écartant le pourquoi du comment, ces gens-là auront d'une certaine manière anticipé l'imprévisible. Si tel est notre destin, une partie aura au moins réussi à se préserver, c'est ainsi que fonctionne le monde. 


Feel the earth move and then ...

   En attendant, beaucoup d'enfants ont déjà commandé leurs cadeaux de Noël, les calendriers de l'Avent vont bientôt ravir les gourmands et les lumières envahissent les rues, nous faisant oublier un court instant : la crise économique, le coût des énergies fossiles et la fin des temps. Le système est bien huilé et ce n'est pas une prédiction de plus qui fera la différence. En même temps il serait vraiment inconfortable de vivre constamment dans la peur,   se terrer chez soi en attendant le décompte funèbre ne ferait que précipiter l'arrivée de la Mort dans votre chaumière, avec un peu de chance elle pourra même s'inviter par la cheminée vous ôtant le privilège de pouvoir assister à la carbonisation des muscles fessiers de Santa Claus. 
   La fin du monde, fait ou science-fiction ? On le saura bien assez tôt. En attendant, ne changez pas vos habitudes, ressentez le mouvement perpétuel de la Terre, d'ailleurs comme disait mon père : Tant que la Terre tourne ... 

Le cycle d'Ender (4/4) : Les enfants de l'esprit

Garanti sans spoilers

Partie 3 : Xénocide



Peter et Val



    Ender n'avait à aucun moment pu anticiper ce qui arriverait lorsqu'il voyagea pour la première fois plus vite que la lumière. Au moment ou Jane, l'intelligence artificielle née du réseau philotique sur lequel sont branchés les ansibles des cent planètes, envoya pour la première fois un vaisseau dans le Dehors afin d’expérimenter le voyage supraluminique, Ender se retrouva nez à nez avec les doubles de son frère, mort depuis longtemps, et de sa soeur, beaucoup plus jeune. 

   Leur apparition fut sans équivoques et côtoyer Peter et Val devint une obligation pour tout le monde. Le plus dur était sans doute pour Valentine, elle qui devait maintenant supporter la compagnie d'un ersatz, d'une copie sensiblement plus jeune, plus belle et plus pimpante. 
   Peter, lui n'avait pas changé. Bien qu'il ait lui aussi retrouvé la jeunesse, il n'en demeurait pas moins agressif envers Ender et pouvait largement compter sur son animosité intrinsèque pour se faire haïr de toute la populace. Ender allait devoir les utiliser avec intelligence, ce n'est pas parce que Peter et Val suscitaient maintenant l'aversion qu'ils ne pouvaient pas être utiles au plan que les Lusitaniens devaient mettre en place pour sauver leur espèce. 


Le petit docteur

   La flotte stellaire se rapprochait rapidement et serait bientôt prête à faire feu pour détruire Lusitania, la Descolada et désintégrer tout être vivant n'ayant pas eu le temps de prendre la fuite. Car, c'était bien ça, le plan d'Ender, fuir Lusitania en utilisant le voyage supraluminique développé par Jane en emportant un maximum d'humains, de doryphores et de piggies aux confins de la galaxie et de repeupler des planètes viables découvertes au préalable. C'est précisément ce dont sera chargée Val : l'exploration de planètes. Tandis que Peter de son côté devra se rapprocher au plus près du congrès stellaire afin de trouver des personnes influentes dans le but de rapatrier la menaçante flotte lourdement armée qui fonce sur eux.
   
   Le petit docteur, quant à lui, est un désintégrateur moléculaire qui pourrait réduire Lusitania en poussière en deux coups de cuillère à pot. Évacuer la planète le plus vite possible et construire encore plus de vaisseaux capables de tenir dans le Dehors afin voyager plus vite que la lumière sont les mots d'ordre d'Ender. Ce sont les doryphores, maîtres en matière de constructions spatiales qui seront chargés de l'élaboration de ces nouveaux bâtiments. Et c'est tout en comptant sur l'intelligence et la sagesse des Arbre-pères, la troisième vie arboricole des piggies dont la symbiose est l'oeuvre de la Descolada que les Lusitaniens mettront tout en oeuvre pour préparer la grande exode. 



'La vie est une mission suicide'



   Les enfants de l'esprit (Children of the Mind) achevé en 1996 est édité en 2000 aux éditions "j'ai lu". Si chaque tome de la série devait avoir une identité celui-ci serait représenté par la philosophie. La discontinuité du ton narratif est vraisemblablement le point fort de Card, on ne s'ennuie jamais et le texte s'enrichit page après page. Même si je crois avoir souligné à plusieurs reprises les quelques longueurs dont souffre cette série, elles ne sont généralement pas interminables car Card nourrit par bribes, le lecteur, de descriptions technologiques, de phrases philosophiques et de situations intensément humaines. Cette fine approche théâtrale fait de ces oeuvres une série extrêmement émouvante pour peu qu'on soit sujet à l'amour et à l'empathie. 
   Une fois cette quadrilogie achevée, il demeurait en moi une forte envie de me nourrir encore et encore de cet univers, de ces personnages et de cette écriture inventive, métaphysique et sans tabous. 
  


Qui a dit que c'était fini ?

   Le quatrième et dernier opus du cycle d'Ender aux éditons "j'ai lu". ce qui évidemment ne veut pas dire qu'il s'agit là du tout dernier roman de Orson Scott Card nous racontant l'univers dans lequel évolue Andrew wiggin le porte-parole des morts. 
   Car d'un côté se situe deux romans, A War of Gifts (non traduit) mais disponible en version originale et Ender l'Exil parut en juin 2010 aux éditions l'Atalante (collection La dentelle du cygne) que l'on ne peut pas vraiment qualifier de suite au sens propre - bien que chronologiquement ils ont été écrits postérieurement - mais qui font néanmoins partie du cycle d'Ender.
   Et d'un autre côté se situe La saga des ombres, le cycle parallèle à La stratégie Ender qui peut se lire avant ou après ou indépendamment et qui est composé de cinq nouveaux tomes dont quatre traduits de l'anglais pour le moment :

- La stratégie de l'ombre, (1999)

- L'ombre et l'Hégémon, (2000)

- Les Marionnettes de l'ombre, (2002)

- L'ombre du Géant, (2005)

- Shadow in flight (2012)

- Shadow Alive (en cours)

   Orson Scott Card est un auteur qui est loin de prendre sa retraite et dont la bibliographie me réserve encore bien des surprises.


Quoi d'autre ?

    Sachez enfin qu'il existe une adaptation du cycle d'ender (Ender's Game) en bande-dessinée publiée chez Marvel Comics, mais qui malheureusement n'a pas encore été traduite, mais dont les numéros peuvent se trouver en plusieurs endroits. Mais le plus intéressant (ou pas) serait évidemment son adaptation cinématographique.    
   Adaptation qui a déjà fait pas mal de mousse sur internet, entre les fausses bandes-annonces (comme celle-ci : Ender's Game Movie Trailer) et les interviews de Card sur le sujet, il y a de quoi jaser pour le moment. Tout comme il y a quelques années avec l’éventuelle adaptation de 'Rendez-vous with Rama' de Arthur C.Clarke par David Fincher et Morgan Freeman qui est avec le temps est devenue une sorte de chimère médiatique. 
   Quoi qu'il advienne et en attendant de potentiels dérivés d'Ender et de sa petite famille, je ne pourrais que vous conseiller de lire et de relire cette magistrale saga qu'est le Cycle d'Ender. Car tout ce que vous avez pu lire sur mon blog jusqu'ici la concernant, n'est qu'une infime partie de ce qu'elle a réellement à vous offrir.

Le cycle d'Ender (3/4) : Xénocide

Ganranti sans spoilers

Partie 2 : La voix des morts




Nouvelle planète, nouveaux horizons ?



   Le troisième tome du cycle d'Ender est marquant pour plusieurs raisons. La première, la plus évidente concerne son épaisseur - presque six cents pages au format poche "j'ai lu" - qui pourrait en rebuter plus d'un. Surtout ceux qui auraient noté quelques longueurs dans le précédant volume. 
   La deuxième raison étant que l'histoire débute directement, sans préface aucune, sur la jeunesse d'un tout nouveau personnage, une jeune chinoise se prénommant Han Qing-jao et évoluant sur la planète de la Voie. Ce qui en fait un prélude assez déroutant de prime abord mais cette courte introduction permet de manière intelligente de mettre en place et en scène cette toute nouvelle recrue dans une parallèle totalement différente de l'histoire jusque-là racontée.
    La troisième raison et pas des moindres fait référence à l'omniprésence de la religion dans cette partie du Cycle d'Ender. Déjà bien présente dans La voix des morts, elle est ici exploitée de manière beaucoup plus intense par cette petite Qing-jao qui ne vit que pour une seule chose, ravir les dieux ou plutôt, ne pas les décevoir. 
   En effet n'ayant au préalable pas rédigé de biographie de Card, il n'est nulle part mentionné dans mes articles que l'auteur est de confession mormone et qu'il se complaît à créer une science-fiction plutôt humaniste et initiatique. Mais la pratique de rituels salvateurs et autres divinités qui y sont représentées ici ne sont en aucun cas du prosélytisme ou du matraquage spirituel. Ce méli-mélo de croyances diverses qui paraphent ce volume accompagnent à merveille le déroulement de l'histoire qui puise son énergie et son exotisme dans les voyages et les missions que Card a pu réaliser à titre personnel ou pour sa paroisse.





Ménage à trois

   Pendant ce temps sur la planète Lusutania, à laquelle Ender le porte parole de morts s'est maintenant complètement attaché. Au point d'en avoir fait son nouveau pied-à-terre. Trois races sont prêtes à cohabiter ensembles : les piggies, les doryphores et les humains. Mais la menace de la flotte interstellaire est toujours présente et comme si ça ne suffisait pas, la descolada, organisme microscopique qui donne aux piggies le privilège de la troisième vie se révèle être en fait un terrible virus qui ne doit en aucun cas quitter Lusitania. La flotte est maintenant prête à faire feu pour éradiquer l'un des dangers les plus menaçants pour les cent planètes depuis Ender le Xenocide : un virus mutant. 
   Très vite rejoint pas sa soeur Valentine, Ender et les Lusitaniens vont devoir trouver un moyen de sauver en même temps la planète et ses occupants, piggies et doryphores et de se sauver eux-mêmes du petit docteur (missile destructeur de planète) et du terrible virus incontrôlable, la descolada.


Qing-jao, Glorieusement Brillante 

   Sur la planète de la Voie Han Quing-jao à maintenant sept ans. Son père Han Fei-tzu, élu des dieux s'apprête à lui faire subir une épreuve. Elle qui, pour la première fois de sa vie entend les dieux au plus profond de son être, doit maintenant passer un test, résoudre un problème bien plus important que ceux liés à sa propre personne. Et c'est enfermée dans une pièce, les mains pleines de graisse qu'elle va devoir se laver, se purifier, avec comme seul élément allié, la foi.
  Quinj-jao ne connait pas Ender personnellement mais comme tout habitant des cent planètes, connait son existence. Tout le monde connait Ender le Xénocide. Le sauveur de l'humanité, l'exterminateur de doryphores et l'auteur du livre saint : La reine et l'hégémon
   Et c'est depuis sa chambre, sur la Voie, dont les seyantes rainures du plancher qui lui permettent de se repentir (1 ère couverture), que Qing-jao enfermée du monde extérieure apprendra, se renseignera et cherchera à déceler les secrets si bien protégés par Ender et ceux qui se cachent sur Lusitania. Arrivera-t-elle à trouver un compromis, elle qui ressent le besoin de sauver Lusitania, de connaitre Ender et de satisfaire les dieux ? 


Saint opéra

   Dans Xénocide, le ton est à la dramaturgie, à la tragédie Grec. Les dialogues sont éloquents, les situations inéluctables et les personnages ont du caractères. Card produit ici une suite dont l’intérêt de lecture est presque doublé. Il n'écrit pas une suite de manière à pouvoir boucler la boucle mais il surenchérit abusivement le scénario et nous rappelant çà et là des éléments du  premier et deuxième tome tout en brodant de nouvelles pièces. Parfois peut-être un peu trop, car ce volume n'arrive toujours pas à camoufler les quelques griefs qui font défaut à ses confrères. 
   Néanmoins, l'écriture est produite avec beaucoup plus de recul, que ce soit concernant le choix des personnages, que de la religion elle-même. Ce court extrait vous permettra de situer cette dernière au sein du roman : 

'Donc beaucoup d'entre vous sont en train de devenir chrétiens. De croire au dieu que ces humains ont apporté avec eux'
'Vous ne croyez pas en Dieu ?'
'La question ne s'est jamais posée. Nous nous sommes toujours souvenus de nos origines.'
'Vous avez évolué. Nous avons été crées.'
'Par un virus.'
'Par un virus que Dieu a créé pour nous créer.'
'Alors vous êtes croyant, vous aussi.'
'Je comprends la croyance.'
'Non - vous désirez la croyance.'
'Je la désire assez pour me comporter comme si je croyais. C'est peut-être cela, la foi.'
'Ou la folie volontaire.'
Xenocide, jai lu, 1995


La suite du cycle d'Ender dans le prochain article