Le cycle d'Ender (3/4) : Xénocide

Ganranti sans spoilers

Partie 2 : La voix des morts




Nouvelle planète, nouveaux horizons ?



   Le troisième tome du cycle d'Ender est marquant pour plusieurs raisons. La première, la plus évidente concerne son épaisseur - presque six cents pages au format poche "j'ai lu" - qui pourrait en rebuter plus d'un. Surtout ceux qui auraient noté quelques longueurs dans le précédant volume. 
   La deuxième raison étant que l'histoire débute directement, sans préface aucune, sur la jeunesse d'un tout nouveau personnage, une jeune chinoise se prénommant Han Qing-jao et évoluant sur la planète de la Voie. Ce qui en fait un prélude assez déroutant de prime abord mais cette courte introduction permet de manière intelligente de mettre en place et en scène cette toute nouvelle recrue dans une parallèle totalement différente de l'histoire jusque-là racontée.
    La troisième raison et pas des moindres fait référence à l'omniprésence de la religion dans cette partie du Cycle d'Ender. Déjà bien présente dans La voix des morts, elle est ici exploitée de manière beaucoup plus intense par cette petite Qing-jao qui ne vit que pour une seule chose, ravir les dieux ou plutôt, ne pas les décevoir. 
   En effet n'ayant au préalable pas rédigé de biographie de Card, il n'est nulle part mentionné dans mes articles que l'auteur est de confession mormone et qu'il se complaît à créer une science-fiction plutôt humaniste et initiatique. Mais la pratique de rituels salvateurs et autres divinités qui y sont représentées ici ne sont en aucun cas du prosélytisme ou du matraquage spirituel. Ce méli-mélo de croyances diverses qui paraphent ce volume accompagnent à merveille le déroulement de l'histoire qui puise son énergie et son exotisme dans les voyages et les missions que Card a pu réaliser à titre personnel ou pour sa paroisse.





Ménage à trois

   Pendant ce temps sur la planète Lusutania, à laquelle Ender le porte parole de morts s'est maintenant complètement attaché. Au point d'en avoir fait son nouveau pied-à-terre. Trois races sont prêtes à cohabiter ensembles : les piggies, les doryphores et les humains. Mais la menace de la flotte interstellaire est toujours présente et comme si ça ne suffisait pas, la descolada, organisme microscopique qui donne aux piggies le privilège de la troisième vie se révèle être en fait un terrible virus qui ne doit en aucun cas quitter Lusitania. La flotte est maintenant prête à faire feu pour éradiquer l'un des dangers les plus menaçants pour les cent planètes depuis Ender le Xenocide : un virus mutant. 
   Très vite rejoint pas sa soeur Valentine, Ender et les Lusitaniens vont devoir trouver un moyen de sauver en même temps la planète et ses occupants, piggies et doryphores et de se sauver eux-mêmes du petit docteur (missile destructeur de planète) et du terrible virus incontrôlable, la descolada.


Qing-jao, Glorieusement Brillante 

   Sur la planète de la Voie Han Quing-jao à maintenant sept ans. Son père Han Fei-tzu, élu des dieux s'apprête à lui faire subir une épreuve. Elle qui, pour la première fois de sa vie entend les dieux au plus profond de son être, doit maintenant passer un test, résoudre un problème bien plus important que ceux liés à sa propre personne. Et c'est enfermée dans une pièce, les mains pleines de graisse qu'elle va devoir se laver, se purifier, avec comme seul élément allié, la foi.
  Quinj-jao ne connait pas Ender personnellement mais comme tout habitant des cent planètes, connait son existence. Tout le monde connait Ender le Xénocide. Le sauveur de l'humanité, l'exterminateur de doryphores et l'auteur du livre saint : La reine et l'hégémon
   Et c'est depuis sa chambre, sur la Voie, dont les seyantes rainures du plancher qui lui permettent de se repentir (1 ère couverture), que Qing-jao enfermée du monde extérieure apprendra, se renseignera et cherchera à déceler les secrets si bien protégés par Ender et ceux qui se cachent sur Lusitania. Arrivera-t-elle à trouver un compromis, elle qui ressent le besoin de sauver Lusitania, de connaitre Ender et de satisfaire les dieux ? 


Saint opéra

   Dans Xénocide, le ton est à la dramaturgie, à la tragédie Grec. Les dialogues sont éloquents, les situations inéluctables et les personnages ont du caractères. Card produit ici une suite dont l’intérêt de lecture est presque doublé. Il n'écrit pas une suite de manière à pouvoir boucler la boucle mais il surenchérit abusivement le scénario et nous rappelant çà et là des éléments du  premier et deuxième tome tout en brodant de nouvelles pièces. Parfois peut-être un peu trop, car ce volume n'arrive toujours pas à camoufler les quelques griefs qui font défaut à ses confrères. 
   Néanmoins, l'écriture est produite avec beaucoup plus de recul, que ce soit concernant le choix des personnages, que de la religion elle-même. Ce court extrait vous permettra de situer cette dernière au sein du roman : 

'Donc beaucoup d'entre vous sont en train de devenir chrétiens. De croire au dieu que ces humains ont apporté avec eux'
'Vous ne croyez pas en Dieu ?'
'La question ne s'est jamais posée. Nous nous sommes toujours souvenus de nos origines.'
'Vous avez évolué. Nous avons été crées.'
'Par un virus.'
'Par un virus que Dieu a créé pour nous créer.'
'Alors vous êtes croyant, vous aussi.'
'Je comprends la croyance.'
'Non - vous désirez la croyance.'
'Je la désire assez pour me comporter comme si je croyais. C'est peut-être cela, la foi.'
'Ou la folie volontaire.'
Xenocide, jai lu, 1995


La suite du cycle d'Ender dans le prochain article

Aucun commentaire: