La stratégie Ender (le film)

   "La stratégie Ender" est pour les uns un roman de science-fiction écrit par Orson Scott Card publié en 1986 en France et pour les autres un récent blockbuster hollywoodien qui est sorti dans les salles le 6 novembre 2013. Ni voyez aucunes discriminations dans ces propos je tenais juste à prendre un raccourci pour vous suggérer d'aller jeter un coup d'oeil aux articles que j'ai consacrés à la saga, ici. Maintenant voyons ce que cette adaptation a dans le froc !





Ender's Game de son vrai nom 

   Il y a quelques décennies des êtres insectoïdes extraterrestres appelés doryphores envahirent la Terre. Débuta alors une guerre sans mercis qui ne laissa plus vraiment d'espoir à la race humaine. Mais le commandant de la Flotte Internationale en personne, Mazer Rackham, un pilote à la bravoure démesurée s'engagea tête baissée dans le ventre d'un vaisseau porteur ennemi et les chasseurs extraterrestres tombèrent comme des mouches, l’humanité était sauvée. Mais voilà, cette situation n'allait pas durer indéfiniment. La planète des doryphores existait toujours et la prochaine attaque plus imminente que jamais serait surement la dernière.


   En orbite autour de la terre, il y a l'Ecole de guerre où sont entraînés de jeunes enfants - ayant tout juste fini leurs études - à se battre dans des salles de jeu dédiées, en l'absence de gravité. Andrew "Ender" Wiggins est un jeune garçon qui a été sélectionné pour suivre ces rudes entraînements  ces jeux de guerre. Il est timide, chétif et peu apprécié des autres, mais pour le colonel cela n'a pas d'importance. Ender possède un potentiel énorme, une rage infantile que le colonel Graff compte bien extirper de sa coquille par le biais de l'Ecole de guerre afin d'en faire un soldat exemplaire, digne du héros Mazer Rackham.



Qui est ce monsieur ?
   
   On ne peut pas dire que Gavin Hood ait réussi jusqu'ici à faire parler de lui en tant que cinéaste. Mais notons tout  de même qu'il est le réalisateur d'une huitaine de films et que l'un des plus gros budgets qu'il ait alloué à l'une de ses productions est revenu au regrettable "X-Men Origins : Wolverine" alors pour ce qui était de mes attentes concernant "La stratégie Ender" je peux vous assurer qu'elles étaient fébriles ; intensément optimistes et pleines de vide.


Stratégie ou tragédie ?

   Le film démarre très rapidement et enchaîne les premiers chapitres du bouquin avec une rapidité presque nauséabonde, les scénettes s'encastrent comme dans une bande-dessinée et les personnages tombent du ciel comme des bisounours. Subterfuge clairement réalisé afin de raccourcir les plusieurs années de l'enfance d'Ender qui sont racontées dans le roman et qui le séparent de son admission à l'école de guerre. 
 Le décollage de la navette depuis la Terre en direction de cette dernière marque pour le coup le réel début du film ce qui fait carrément passer le premier quart d'heure pour un simple rodéo narratif qui tend à rester fidèle à l'oeuvre de Card mais un tantinet cafouilleux.


Garde-à-vous la bleusaille !
   Puis le film commence à prendre ses aises, on apprend à connaitre les nouveaux partenaires de "Jeu" d'Ender ainsi que ses supérieurs de façon moins intrusive le tout dans un style assez propre et politiquement correct, quoique apprendre à des enfants à faire la guerre reste tout à fait discutable. Là aussi, l’évolution d'Ender au sein de l'Ecole de guerre va se faire assez rapidement et le cheminement qu'il suit dans le livre n'est pas tout à fait respecté ici, cela nous évitera quelques redondances liées aux entraînements probablement et autres batailles contre les différentes équipes qui englobent une partie du roman. Les entraînements se font finalement plus rares qu'on pourrait le penser mais ceux-ci restent plutôt charmants et encore une fois très fidèles. Toute l'histoire est finalement très bien transposée et les raccourcis pris pour l'adaptation au cinéma me semblent à mon sens tout à fait légitimes. On notera tout de même la disparition totale des activités anonymes commanditées par Peter et Val et consacré à la publications de messages pertinents sur certains forums politiques. Peter et Valentine, le frère et la sœur d'Ender ne sont malheureusement qu’effleurés dans le film et n'ont pas vraiment d’intérêts à l'écran sinon de réactiver certains sentiments perdus au fond de la tête du petit Wiggins. Après tout qu'est ce qu'une histoire de forum politique viendrait faire dans un film comme celui-là ? je vous le demande ...

   L'écriture est plutôt agréable même si certains dialogues ne font pas mouche là où ils devraient normalement nous rendre empathique et jouer avec nos sentiments les plus profonds, la magie du cinéma a du mal à opérer. Le jeu d'acteur d'Asa Butterfield (Ender) et vraiment bon, il ne sourit presque jamais tout en laissant une porte ouverte au spectateur sur sa personnalité par des regards en coin et quelques attitudes nonchalantes, rebelles et parfois mal assurées, ce qui permet de combler ce léger manque de partage émotionnel cité plus haut. 



Ender en grand maestro de l'espace

   Le reste du casting est plutôt chouette, Harrison Ford en (trop) vieux colonel manipulateur et acariâtre, Aramis Knight dans le rôle du petit "Bean" qui est plutôt convaincant malgré son temps de présence dans le film plutôt limité par rapport à l’intérêt que lui porte Ender dans le livre, et pour finir Ben Kingsley recouvert pour le coup d'un tatouage Maori sur toute la tronche, anecdotique mais assez photogénique. 


   Les effets spéciaux sont de très bonne facture. Tout en nuances et affranchi d'une réelle touche artistique, les scènes plus dynamiques et les panoramas cosmiques ne manqueront pas de titiller le fan de space-opéra qui est en vous. Petite mention spéciale pour les zooms ultra-rapides qui permettent à la Flotte Internationale de choper des images de l'espace en live. Quant à la bande originale elle est très jolie dans l'ensemble, tantôt mélodieuse tantôt électronique le petit protégé d'Harry Gregson-Williams, Steve Jablonsky fait un travail tout à fait honorable.  



Les insectes sont nos amis

    "La stratégie Ender" au cinéma est un film à voir rien que pour le propos qu'il tient, c'est une histoire forte et grave reposant sur une science-fiction mature qui n'a pas de prétention, faisant appel à notre sensibilité il a l'avantage de pouvoir être regardé par les plus jeunes ; la lecture et la compréhension finale du long-métrage restent tout de même relatives, avec un léger avantage pour ceux ayant eu la version papier entre les mains. Je vous conseille d'ailleurs de lire la saga dans son entièreté car les aventures d'Ender ne s'arrêtent heureusement pas là. Ainsi contre toute attente je suis ressorti de la salle de cinéma fraîchement ravis, ma fébrilité avait disparu et ma peur des insectes aux pattes crochues aussi. 


Aurélien

Stephen Baxter, un singulier personnage

   Stephen Baxter est un écrivain anglo-saxon que j'ai découvert il y a peu suite à la lecture du premier et du deuxième tome (ainsi que quelques nouvelles)  d'une titanesque fresque spatiale dont il est l'auteur. Le cycle des Xeelees. De la hard science inventive, débridée et fichtrement bien narrée. Quand on parle de hard science on ne peut évidemment pas ne pas penser à Arthur C. Clarke, ce conteur d'épopée spatiale directement placé dans le panthéon des meilleurs écrivains de science-fiction avec Jules Verne et Isaac Asimov, si je puis me permettre. Les best-sellers de Clarke sont nombreux et Baxter s'en serait allègrement influencé, "La cité et les astres (1956)" en ferait partie selon ses dires. 



Stephen Baxter
    Et pour mettre en corrélation cet article consacré à Baxter et le fait que Clarke y soit mentionné deux choses l'une, ce dernier est un écrivain que j'admire beaucoup  et Baxter serait en fait aujourd'hui officiellement son digne successeur, rien que ça. Que ce soit pour ses influences littéraires, son investissement et sa passion pour le cosmos ou bien encore pour son attirance pour les nombres - car diplômé en mathématiques à l'université de Cambridge -  Baxter a aussi coécrit plusieurs romans avec Sir Arthur C.Clarke lui-même (plus ou moins bons). Monsieur Baxter cumule aujourd'hui près de quarante romans et pas loin de deux cents nouvelles, une collection orientée hard science mais pas que ... 

   Avant de se lancer dans la lecture du "Cycle des Xeelees" il est aussi important de savoir à l'avance dans quoi on met les pieds. Si quatre tomes édités aujourd'hui en français aux Editions Le Bélial', dans l'ordre : Gravité (Raft 1991), Singularité (Timelike Infinity 1992), Flux (Flux 1993), Accrétion (Ring 1993), composent les Xeelees (prononcer zili). "Les enfants de la destinée" est une autre saga composée de quatre livres (chez Pocket) qui en fait aussi référence au même titre que plusieurs dizaines de nouvelles que l'on peut retrouver dans un recueil nommé Diagramme du Vide (Vaccum Diagrams 1997). Partant du flash primordial du Big Bang jusqu'aux confins d'un futur que l'on ne peut concevoir même en échelonnant l'éternité le concept de Baxter est simple, nous ouvrir à l'univers.    

   Maintenant que les présentations sont faites, il est préférable de se séparer de toutes les barrières existentielles qui pourraient nous freiner et nous pénaliser quant à l’acception des différentes visions de l'univers que nous propose Stephen Baxter. C'est du moins ce que je me suis dit en lisant cette fresque interstellaire immodérée à l'arrière-gout d’expansion matheuse et de supraconductivité fantasmagorique. Le cycles des Xeelees est avant tout une odyssée  spatiale dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Les "Xeelees" étant la matière originelle, le ciment qui va restructurer l'entropie cosmique de ses œuvres. L'omnipotence des Xeeles est révélée au compte-goutte, ces derniers ne seront que mentionnés, dans un premier temps.

   Mais revenons à une échelle plus 
appréciable, l’échelle humaine. Pour pouvoir mettre en avant une entité proche de la divinité si peu accessible soit-elle, il est préférable que l'aventure démarre sur un plan spatio-temporel qui nous est perceptible et Stephen Baxter ne manque pas d'imagination pour ce faire. Quand je dis perceptible, je ne dis pas forcément compréhensible, car si les premières pages de Gravité mettent en scène des humains dont les mœurs nous paraissent plutôt familières il n'en va pas de même pour l'univers dans lequel ils évoluent. 


Gravité 


   La Ceinture est un anneau métallique de quelques kilomètres à peine, gravitant autour d'une minuscule étoile morte et peuplée de mineurs asservis. Rees, un rat des mines qui, tout comme ses congénères, doit travailler rudement pendant plusieurs tranches en subissant les 5g continuels de la surface du défunt astre à la recherche de ressources à pouvoir troquer contre des rations. Un train de vie éreintant.
   Au-delà de la ceinture il y a le Radeau, gigantesque navire liant le savoir et la supervision au sein de cette nébuleuse dont les forces gravitationnelles semblent avoir établi leurs propres lois. 
   D'antiques échos relatant d'Osseux virevoltent dans la tête de Rees et de vieilles légendes parlent d'un vaisseau et de son équipage ou encore de majestueuses baleines volantes. Rees n'a plus qu'une idée en tête, partir à la recherche de ses origines, au-delà de l'unique lieu qu'il lui ait été donné de voir, au-delà de la ceinture ...

   Partant d'un pitch plutôt banal la force de Gravité vient de son caractère plutôt exotique et inventif. L'histoire aura vite fait de vous happer de votre sofa comme un petit planétoïde subissant une force gravitationnelle inébranlable. Gravité est le premier roman publié par Baxter en 1991 et il introduit assez bien la saga, tant par son aspect hard science dans un premier temps plutôt accessible que par les majestueuses descriptions panoramiques qui y sont décrites rendant l'espace pour un endroit presque agréable pour un dimanche après-midi en famille. Les Xeelees ne font pas encore véritablement partie intégrante de l'histoire il faudra s’intéresser à ses suites pour en sentir l'odeur (même si ce ne sont pas vraiment des suites). Il faudra certainement avoir lu plusieurs romans et nouvelles pour retrouver des personnages ou des lieux communs et même si la temporalité du cycle n'est pas toujours d'une fluidité exemplaire les lecteurs les plus avisés pourront se référer à l'ingénieuse "Chronologie de l'univers des Xeelees" éditée par Le Bélial' à la fin de Singularité par exemple. Pour les autres ce n'est qu'une question de perception. 



"D'après certaines théories, la conscience était un phénomène quantique. La réalité - l'Univers lui-même - tirait son existence des seuls esprits conscients, dans la mesure où ces derniers fondaient les possibilités infinies de chaque fonction d'onde quantique en un événement unique inscrit dans l'Histoire. L'Univers, disait-on, requérait la conscience pour exister." S.Baxter

Un an et après ...

   Voilà un an, en ce mois de mai, que je rédigeai mon premier article sur "Les Écrits Philotiques". Un blog que j'ai avant tout créé pour partager une envie d'écrire qui à l'époque s'est immiscée en moi de la même manière, fulgurante et déterminée, qu'un Goa'uld - ces vilains parasites orgueilleux issus de la série "Stargate : SG-1 ", phalliques agitateurs de l'espace - mais qui s'est vue agrémenter de quelques articles supplémentaires pour pallier un problème récurrent assujetti à l'écriture, un ratio rédaction/publication assez faiblard. Finalement je trouvai ça plutôt excitant de raconter autre chose que juste des histoires d'aliens, de voyages spatiaux et autres tourments scientifiques de l'impossible. 

   Il est vrai qu'à cette époque de l'année 2012 j'avais aussi beaucoup plus temps à consacrer à mes hobbies, passant une bonne partie de mon temps - aux frais de la princesse (cela va de soi) - devant mon écran d'ordinateur qui pour le coup devait plus avoir mal au casque que moi à force de refléter ma vilaine mine blafarde et ma présence émotionnelle au-dessous du zéro absolu. Finalement même si tout une meute de zombie aurait à cette époque pu librement se mouvoir autour de moi sans prêter attention à mon existence force est de constater qu'il me restait encore assez de ressource pour écrire des textes convenables et publier quelques billets informatifs à votre intention. 

   Et puis les choses ont muté. Sous l'éclat ardent d'une lumière nouvelle mon intérêt pour le milieu professionnel s'est vu grandir. Et plus je mettais la main à la pâte plus j'avais de comptes à rendre. Les conséquences ont été telles que mon confessionnal.blogspot.fr s'est retrouvé les quatre pattes en l'air criant la désuétude, fragile rapport entre l'homme et la machine. Que Dieu me garde, je n'ai à aucun moment (les yeux dans les yeux) décidé de mettre un terme à cette étreinte littéraire née
 d'une réaction en chaîne synaptique et qui put me faire passer l'espace d'une minute pour un intellect passionné et snobinard. J'ai donc continué, en symbiose avec mon clavier à pondre quelques lignes par-ci par-là, créant d'un côté toute un peuplade de premier chapitre désolant que j'ai du archiver pour le bien de tous, et d'un autre des articles plus longs, fournis et intéressants. La rédaction d'articles me siérait-elle plus que l'écriture de nouvelles ?  Ce à quoi je réponds non, mais il est vrai que le temps me manque un peu. Néanmoins, je suis aussi actuellement en train de travailler sur un nouveau récit, seulement je ne puis déterminer le temps que cela me prendra.  

   Mon blog ne serait rien sans les quelques rencontres que j'ai pu faire sur la toile. Il est important de se créer un réseau, de partager ses écrits et de commenter ceux des autres, de poster des notifications à l'intention d'un réseau social actif et dynamique tout en conservant une certaine régularité. Et pour fêter dignement ce gain d’expérience non négligeable à savoir plus de 3000 pages vues sur toute la période dont 270 uniquement pour l'article nommé Décadente apocalypse (la fin du monde m'aura été très favorable) je tiens à citer certains d'entre eux pour leur collaboration, aussi minime soit-elle qu'un simple échange de liens : RSF Blog (le répertoire de la science-fiction, des news et de la littérature) Ansible ( la SF sous toutes ses formes, des articles de qualité depuis 5 ans) , Draven's World (pêle-mêle des critiques ciné, de la bonne musique et de multiples podcasts, tout un univers) le blog de Thibault Delavaud (écrivain auto-édité, à découvrir) ainsi que le blog de Sosuka Sun (écrivain talentueux qui a quelques ouvrages de qualité à son actif). Je ne serais rien dans la blogosphère sans tout ce petit monde alors merci. 

  Pour terminer ce pseudo déballage de vie privée sur fond d’encensement notoire et de teaser, je me suis permis de refaire la décoration. Repeindre les murs de temps à autre ne fait pas de mal, surtout que jusque-là je ne m'étais pas réellement foulé pour que ça ait de la gueule, alors je me la joue blog designer avec le désir secret que cela ait un impact direct sur ma qualité d'écriture et mon ratio de barman bourré. Un dernier merci à mes lecteurs et un joli gâteau pour les plus gourmands mais n'oubliez pas "The cake is a lie" ! 




Aurélien

Des stupéfiants dans ma bibliothèque

Prozium
Une dose de Prozium
    La science-fiction comme n'importe quel autre style littéraire permet aux faiseurs d'histoires de traiter des sujets un peu plus complexes que la technologie elle-même ; de certains vices meurtriers que les dirigeants tentent d'éponger à l'aide d'un procédé multilatéral ; les drogues. D'un côté les réprimandes et la hausse des taxations et de l'autre, des centres de soins spécifiques et la distribution de matériels médicaux dédiés, une réalité parfois dure, parfois pleine d'espoir - en toute relativité. Dans la littérature S-F, le problème reste évidemment le même d'un point de vue sociétal à quelques nuances prêtes (selon le contexte) mais d'un point de vue gouvernemental il est évident qu'on aborde là un tout autre sujet.       
   Les stupéfiants quelles que soient les formes qu'ils arborent sont présents dans moult oeuvres. De la simple dose de psychotrope aux dérivés de matières premières, surpuissants et addictifs - le résultat reste fondamentalement le même, la déchéance, l’inhibition voire la soumission. Une population désœuvrée face à l'enrichissement unilatéral d'un gouvernement corrompu  consommera allègrement pour ne pas ressentir la faim ou le froid, a contrario l'utilisation des drogues par les autorités afin de maîtriser un individu hors de contrôle passant sans s'en rendre compte à l’endoctrinement total de toute une société, voilà de quoi  se réjouir d'un heureux futur post-défonce aux couleurs néonazies rouge sang.  


Le dormeur doit se réveiller 

   Etant moi-même sujet à quelques produits dont la nocivité n'est plus à prouver car trop communs et trop accessibles, et du coup plus vraiment intéressants en tant que sujet d'article mais qui procurent un plaisir non dissimulé lors de son absorption : café, bière, chocolat, Valium, que nenni, je ne compte point m'étendre sur ce qui est bien ou ce qui est mal. Je veux juste mettre le doigt sur ce que la littérature fait beaucoup mieux que n'importe quel article en provenance de mensuels à deux roupies disponibles chez votre buraliste et beaucoup mieux que moi ; les maux de notre société.
   Bien entendu, il ne me semble pas déjà avoir lu ou entendu parler d'un auteur qui ferait allègrement l'apologie  d'une drogue au cours de l'un de ses récits, et pour une question d'éthique je doute aussi qu'un éditeur puisse inscrire la mention bon à tirer sur des textes prônant la décrépitude. 
   Quoi qu'il en soit les drogues ont toujours intéressé les écrivains de science-fiction, qu'ils aient une bouteille d'absinthe à proximité de leurs encriers ou pas. 

   Il est vrai que l'état physionomique et psychique de quelques Maupassant ou H.P Lovecraft en fin de vie reste largement discutable. Ce même état que l'on relève sans peine en parcourant certaines de leurs oeuvres, non pas qu'il soit préjudiciable mais avec lequel l'on risque d'avoir du mal à copiner sans buvard de L.S.D collé au palais. Alors que d'autres écrivains peut-être moins enclins à l'ébriété avancée se sont peut-être tout autant amusés à décrire le méga-trip torturé d'un de leurs personnages de fiction qui auraient pris trop de cachetons poinçonnés H.M (Hank Moody et non pas l'enseigne suédoise de prêt-à-porter). 
Shai Hulud 'ver des sables)
Le mythique Ver des Sables de Dune
   Non tout ça est bien trop complexe pour moi, pas de biographie, pas de mauvaise critique, pas d'analyse sur les addictions car s'il y a bien des auteurs que je cite dans cette chronique, c'est que je les ai lus et donc qu'ils ont vendu des livres, ce qui n'est pas encore tout à fait attentatoire. Le seul monde sans livres qui ait été généreusement acclamé par le public est celui de Ray Bradbury dans sa dystopie Fahrenheit 451 (1953).
   Non, la seule chose qui m’intéresse vraiment - et pour faire la meilleure transition qui soit - est directement issu de la fermentation des matières fécales de Shai-Hulud (ver des sable d'Arakis) qui par un procédé naturel environnemental crée une énergie fossile utilisée en tant que nourriture et pour le café, dans le textile, en tant que carburant pour les voyages interplanétaires et surtout en tant que révélateur et annonciateur de prophéties au sein de la tribu Frémen ; l'Epice.   


Un mélange détonant 

   Une drogue aussi puissante que chère et aussi appelée Mélange qui est utilisée par ces fameux Fremens dans la plus populaire saga de hard-science que Frank Herbert est jamais écrite. Elle apparaît dans l’intégralité de l'histoire aussi bien dans son développement que dans sa conclusion, elle est la clé de voûte de toutes les grandes familles représentées dans Dune  et elle n'est d'aucune pitié envers son utilisateur. Ici, sur la planète Arakis, il n'y a guère de mégalopoles, encore moins de dictature ou de grosses corporations crapuleuses, juste des Maisons familiales, sortes de castes qui se tirent dans les pattes pour le contrôle des terres, empire interstellaire féodal oblige. L’épice rend clairvoyant celui qui l'ingère, mais le revers de la médaille se situe dans sa complète addiction menant tout droit à l'aliénation. Dune est un univers créé par Herbert où l'Epice est une sorte de fourre-tout universel (pétrole à tout faire), créant ainsi une vicieuse boucle sans fins entre les différents peuples qui se faisant la guerre grâce à elle et pour elle, sont aussi obligés de s'y fier pour accomplir des tâches divinatoires. Ou quand une drogue régit tout un univers, notre bon vieux pétrole n'a cas bien se tenir. 


Une affaire des Stup

   Pour conclure ce sujet qui ne demande pas mieux que d'être tourné et retourné au sein d'un débat de longue haleine, il serait aussi bon de mettre un point d'honneur sur les oeuvres de Philip K.Dick et de toute la littérature Cyberpunk (ainsi que le cinéma) qui arbore largement les problèmes liés à la consommation de drogues que la prise soit volontaire ou involontaire. Quand le gouvernement drogue le peuple à son insu pour gérer les problèmes de délinquance et de criminalité, pour limiter le développement et pour avoir la mainmise sur l'industrie,  c'est cruel alors qu'en ait-il d'un gouvernement qui injecte directement des doses dans des marchés noirs de banlieue afin d'avoir un total contrôle sur l'individu alors que celui-ci se l'ait  injectée  sciemment ? 
Virtual addiction
Et l'addiction aux mondes virtuels alors?
   Bon vous me direz, tout ça n'est pas très original pour peu qu'on s’y intéresse, mais à la question "Les drogues sont-elles néfastes à l'homme du futur ?" vous pourrez maintenant répondre ceci : "Je ne sais pas, ce n'était pas du tout expliqué dans l'article !" ou alors de façon plus raisonnée, "C'est à l'homme du présent de s'en protéger".

Joyeuses Pâques !


Aurélien  

Émincé d'humains aux champignons

Au commencement   


L’intérieur de Rama
Parlons un peu de colonisation et d'histoires se déroulant dans l'espace et plus précisément dans des vaisseaux spatiaux dont la taille et bien souvent cyclopéenne et qui se déplacent généralement   grâce à  une technologie aussi complexe et remarquable que l'architecture même du bâtiment, oui parlons de tout ça. Ou peut-être devrais-je nommer l'un de ces mastodontes de l'espace : Rama, Papillon des Etoiles, Fusée Cosmique, Citadelle. Le rapport entre ces noms de vaisseau est aussi fort que la curiosité de l'homme pour l'espace. Quant à la science-fiction, elle a su traiter ce sujet-là, en l’occurrence la colonisation spatiale, maintes et maintes fois avec pour la plupart des récits une vision technologique avant-gardiste non négligeable. 
   
   Nous avons tous rêvé un jour de pouvoir faire partie de l'équipage d'un vol spatial habité. Mais l'entrainement est long et fastidieux et d'ici à ce que le tourisme de l'espace soit accessible financièrement il est préférable d'ouvrir un livre à la page : Les Hommes de l'espace. Et c'est exactement de cette manière là que m'est venue l'idée de mettre en corrélation toutes ces histoires d'odyssées spatiales. Quelles qu'elles soient et peu importe ce qui en découle au bout du voyage, quelque chose ne diffère que très rarement de l'une à l'autre histoire, l'Homme. Et plus précisément son besoin de tout contrôler, causalité due à son attirance paradoxale pour la mort et la destruction. Chaque auteur le traite d'une manière différente, mais l’équilibre (le déséquilibre)  reprend forme comme une fatalité. Que seraient les Elois sans les Morlocks ? Juste des Elois. Rapport utopique pour une vie sans saveurs. Qu'est ce qui est juste ? La psychologie du Yin et du Yang est-elle universelle ?

Le point lecture

2006, Albin Michel
   Je disais donc que c'est exactement ma dernière lecture qui m'a donné envie d'écrire ces quelques lignes, à savoir "Le Papilon des Etoiles" de Bernard Werber et parut en 2006. Mon rapport avec ce livre a été immédiat quand j'ai réalisé quel était le projet humain dont il était question. Bâtir un énorme vaisseau capable d'abriter une quantité conséquente d'êtres vivants et partir à la conquête des étoiles pour fuir la Terre d'une menace imminente. Le vaisseau étant longiligne et tournant sur lui-même afin de recréer une gravité proche de celle de la terre tout comme Rama, le vaisseau imaginé par Arthur C.Clarke et sa saga éponyme de science-fiction à la dure (Hard-science). Rama est un vaisseau cylindrique monochrome mesurant quelques trente kilomètres de longueur, à peu de choses près la taille du Papillons des Etoiles et qui abrite en son sein toute une peuplade d'individu plus cocasse les uns que les autres. La seule grosse différence entre ces deux laboratoires géants c'est que l'un est d'origine humaine alors que l'autre (Rama) ne l'est pas.

Le Papillons des Etoiles par Moebius
   Bernard Werber n'étant pas que un écrivain de science-fiction, j'ai été agréablement surpris par le ton narratif assez léger du bouquin, quoique un peu court il n'en est pas moins riche en action. Le seul vrai bémol que je lui reproche ce sont les ellipses qui y sont légions. Les chapitres étant assez courts, Werber ne s'attarde pas sur les épisodes intra-papillonesques - l’évolution d'un gouvernement, la naissance de gang, les maladies, l'insalubrité, les problèmes de rationnement, l'oxygène, l'anxiété, la folie etc - là où Arthur C.Clarke remplit allègrement des centaines et des centaines de pages. Ce qui fait la force du Papillons des Etoiles : l’évolution d'une humanité qui se retrouve enfermée (volontairement) dans un vaisseau dont la stabilité reste en partie douteuse et la pérennité des actes des créateurs originels du Papillon des Etoiles que l'on va pouvoir suivre sur tout un millénaire. En passant par les premiers enfants des étoiles ainsi que par la lente transformation des faits historiques en légendes. Cette mixture de vie et de mort, de guerre et de paix, rend en réalité le vaisseau très faible contre les menaces extérieures, elle en fait même un appétissant garde-manger ambulant pour d'éventuels extraterrestres affamés passant dans les parages. 

Puis vinrent les ténèbres 

   En vérité, pour qu'un projet de la sorte se déroule sans encombres, pour que tous les hommes et toutes les femmes puissent vivre en harmonie enfermés dans un monde de métal où le jour et la nuit n'ont qu'une signification cyclique, vestige d'un ancien monde sur lequel l'on s'est cru tout permis et qui nous a habitué à avoir froid la nuit, il faudrait que nous soyons tous lobotomisés. Avons-nous déjà seulement pensé - à grande échelle - de la même manière que si nos sept milliards de cerveaux étaient interconnectés en une seule et même entité, à notre propre sauvegarde. Non, je ne crois pas, ce sentiment, s'il en est un et encore beaucoup trop individualiste. Alors pour qu'un scénario de colonisation interplanétaire puisse se dérouler sans écueils il faudrait soit que l'on ait fait nos preuves durant une sorte d'épreuve mondiale de cohabitation soit que l'on s'inspire d'un mode de vie au juste équilibre, un peu comme les Éloïs de H.G Wells : chétifs, décérébrés et blonds platine. 

"Le dernier espoir, c'est la fuite " Bernard Werber

Un Dernier Soupir

   Voici un court récit que j'ai écrit à l'occasion d'un concours organisé par "Le festival de la Science-fiction et de l'Imaginaire de Roanne ". Le thème imposé fut : Après la fin, quel début ? Le récit ne devant pas excéder 777 mots, je l'ai volontairement démuni de toute action triviale qui aurait pu entacher la bonne compréhension de la situation. Un peu à la manière d'une légende, cette histoire ne raconte pas l'extinction des hommes vue par leur propre monde mais la disparition d'un monde (d'un système solaire comme le notre) vu par un homme. L'histoire qui suit pourrait très bien être vécue par chacun d'entre nous. 



Un Dernier Soupir


   "Maintenant débarrassée de tout parasite, elle pouvait à présent entamer le cycle suivant. Incarner le constituant même de la matière sans culpabiliser d'avoir participé à un quelconque génocide. Elle allait redevenir poussière, se décomposer pour mieux recomposer. Inévitablement. Retrouver ses origines, en cette substance vitale, cette matière nourricière ; le carbone. En réalité il n'y avait pas de choix possibles, tel était son destin. Tout comme les différentes civilisations qu'elle put accueillir en son sein, elle devra partir, s’éteindre à tout jamais, aussi brutalement que cela puisse paraître. Elle n'était pourtant pas si vieille, quelques déchirures par-ci, quelques éruptions par là, rien qui ne puisse réellement la pénaliser ou la forcer à prendre sa retraite. Si seulement l'on pouvait lui accorder un bonus de temps, elle en profiterait pour faire une toilette, prendre un bain de jouvence puis s'accorder un méli-mélo de gaz hautement roboratif. Son souhait aurait été d'arborer une nouvelle jeunesse, faire du charme à quelques vaisseaux spatiaux subjugués par sa beauté puis de les attirer vers elle pour leur dévoiler ses merveilles. Cette parure bleue azur lui manque terriblement, elle avait depuis le temps été remplacée par des montagnes de rouille, des lacs d'acide ceints de croûtes d'obsidienne aussi fragile que du verre et des monceaux de déchets tristement nocifs. Mais elle n'était pas rancunière, après tout, elle leur donna à tous une chance. Plusieurs chances même. A ceux qui, jadis, voguaient sur ses flots, bâtissaient et creusaient de sombres tunnels à la recherche de quelques filons d'or. Pas sûr qu'elle leur ait réellement pardonné."

   "En réalité ce n'était pas d'elle qu'il s''agissait. Les civilisations qui hantaient encore sa mémoire nodale s'étaient volatilisées il y a bien longtemps. Et depuis plus rien, point de bactéries, point de végétaux, ni même un sombre nimbostratus en deuil paré à déverser ses larmes sur quelques pousses égayées par l’évènement. Mais ce n'était pas elle la fautive. Ses consœurs le savaient aussi bien qu'elle. Car, là-bas beaucoup plus loin, au centre de tout ce qu'elle connaissait, le foyer incandescent, à partir duquel sa trajectoire sempiternelle fut établie, succombait. La chaleur se raréfiait et son duvet de lave se tarissait. Rien ne pouvait inverser les constantes, car la tendance était à l'obscurité. Un système solaire mourrait, d'autres verraient le jour. Ce n'était pas bien grave. La mort après la vie, la vie après la mort. Cela va de soi, comme un perpétuel recommencement."

   "Le temps n'avait plus de sens, car il n'y avait plus rien à espérer d'autre que la disparition totale. Le foyer central non content de perdre de sa vigueur, grossissait maintenant aussi vite qu'un ballon de baudruche sur une bouteille d'hélium. Il allait bientôt remplir une partie de l'espace jusque-là réservée à ses filles. Et tôt ou tard elles subiraient toutes le même sort. Il n'y aura pas de favoritisme, chacune profitera de son lot de désintégration. Que l'on puisse honorer un tel astre par des pratiques ancestrales pour ses bienfaits et son omnipotence reste légitime quand il ne s'apprête pas à tout dévorer sur son passage. Mais cette géante rouge incapable de contenir sa frénésie, n'avait plus grand-chose de vénérable. Et les mystères liés à son existence disparaîtraient avec elle dans les profondeurs du cosmos. Elle dut attendre encore quelques décennies avant de réellement succomber sous l'effet de la chaleur. A l’échelle de la vie biologique ce spectacle n'était pas perceptible. Seuls les plus érudits, les plus divins ou la matière noire elle-même pouvaient se vanter d'en appréhender les effets. A l’échelle planétaire ce qui était en train de se passer était cruellement merveilleux. Et doucement, cette remarquable structure équilibrée mesurant à peine quelques milliards de kilomètres, s'effondrait comme un soufflé au fromage raté laissant la place à d'heureux nouveaux locataires parés à démarrer un nouveau cycle."

   "Bien des millénaires plus tard, sur une quelconque planète bleue, un homme blasé par les commérages de scientifiques trop saouls pour conclurent un séminaire sur l'espace dignement, s'en alla prendre l'air sur un balconnet. Une coupe de champagne dans une main, un carnet apostillé par un astronome de renommée dans l'autre, il expira spasmodiquement quelques litres d'air symbolisant une sorte de lassitude mentale. Tout en levant les yeux vers le ciel étoilé, il ressentit une abondante décharge d’humilité lui donnant l'impression d'être le seul parmi tous ces bonshommes en blouse blanche à se sentir indigne. Puis il se concentra sur un astre choisi au hasard. Fixa longuement son scintillement rougeâtre. Et dans un dernier battement, alors qu'il fixait le ciel sans bouger, l'étoile qui perdait de sa vigueur ne se ralluma plus jamais. L'homme sur le balconnet, baissa les yeux, endeuillé, termina d'un cul-sec sa flûte de champagne et tourna les talons en direction du bar. Heureusement, se dit-il, que notre soleil a encore de beaux jours devant lui."


Fin