Des stupéfiants dans ma bibliothèque

Prozium
Une dose de Prozium
    La science-fiction comme n'importe quel autre style littéraire permet aux faiseurs d'histoires de traiter des sujets un peu plus complexes que la technologie elle-même ; de certains vices meurtriers que les dirigeants tentent d'éponger à l'aide d'un procédé multilatéral ; les drogues. D'un côté les réprimandes et la hausse des taxations et de l'autre, des centres de soins spécifiques et la distribution de matériels médicaux dédiés, une réalité parfois dure, parfois pleine d'espoir - en toute relativité. Dans la littérature S-F, le problème reste évidemment le même d'un point de vue sociétal à quelques nuances prêtes (selon le contexte) mais d'un point de vue gouvernemental il est évident qu'on aborde là un tout autre sujet.       
   Les stupéfiants quelles que soient les formes qu'ils arborent sont présents dans moult oeuvres. De la simple dose de psychotrope aux dérivés de matières premières, surpuissants et addictifs - le résultat reste fondamentalement le même, la déchéance, l’inhibition voire la soumission. Une population désœuvrée face à l'enrichissement unilatéral d'un gouvernement corrompu  consommera allègrement pour ne pas ressentir la faim ou le froid, a contrario l'utilisation des drogues par les autorités afin de maîtriser un individu hors de contrôle passant sans s'en rendre compte à l’endoctrinement total de toute une société, voilà de quoi  se réjouir d'un heureux futur post-défonce aux couleurs néonazies rouge sang.  


Le dormeur doit se réveiller 

   Etant moi-même sujet à quelques produits dont la nocivité n'est plus à prouver car trop communs et trop accessibles, et du coup plus vraiment intéressants en tant que sujet d'article mais qui procurent un plaisir non dissimulé lors de son absorption : café, bière, chocolat, Valium, que nenni, je ne compte point m'étendre sur ce qui est bien ou ce qui est mal. Je veux juste mettre le doigt sur ce que la littérature fait beaucoup mieux que n'importe quel article en provenance de mensuels à deux roupies disponibles chez votre buraliste et beaucoup mieux que moi ; les maux de notre société.
   Bien entendu, il ne me semble pas déjà avoir lu ou entendu parler d'un auteur qui ferait allègrement l'apologie  d'une drogue au cours de l'un de ses récits, et pour une question d'éthique je doute aussi qu'un éditeur puisse inscrire la mention bon à tirer sur des textes prônant la décrépitude. 
   Quoi qu'il en soit les drogues ont toujours intéressé les écrivains de science-fiction, qu'ils aient une bouteille d'absinthe à proximité de leurs encriers ou pas. 

   Il est vrai que l'état physionomique et psychique de quelques Maupassant ou H.P Lovecraft en fin de vie reste largement discutable. Ce même état que l'on relève sans peine en parcourant certaines de leurs oeuvres, non pas qu'il soit préjudiciable mais avec lequel l'on risque d'avoir du mal à copiner sans buvard de L.S.D collé au palais. Alors que d'autres écrivains peut-être moins enclins à l'ébriété avancée se sont peut-être tout autant amusés à décrire le méga-trip torturé d'un de leurs personnages de fiction qui auraient pris trop de cachetons poinçonnés H.M (Hank Moody et non pas l'enseigne suédoise de prêt-à-porter). 
Shai Hulud 'ver des sables)
Le mythique Ver des Sables de Dune
   Non tout ça est bien trop complexe pour moi, pas de biographie, pas de mauvaise critique, pas d'analyse sur les addictions car s'il y a bien des auteurs que je cite dans cette chronique, c'est que je les ai lus et donc qu'ils ont vendu des livres, ce qui n'est pas encore tout à fait attentatoire. Le seul monde sans livres qui ait été généreusement acclamé par le public est celui de Ray Bradbury dans sa dystopie Fahrenheit 451 (1953).
   Non, la seule chose qui m’intéresse vraiment - et pour faire la meilleure transition qui soit - est directement issu de la fermentation des matières fécales de Shai-Hulud (ver des sable d'Arakis) qui par un procédé naturel environnemental crée une énergie fossile utilisée en tant que nourriture et pour le café, dans le textile, en tant que carburant pour les voyages interplanétaires et surtout en tant que révélateur et annonciateur de prophéties au sein de la tribu Frémen ; l'Epice.   


Un mélange détonant 

   Une drogue aussi puissante que chère et aussi appelée Mélange qui est utilisée par ces fameux Fremens dans la plus populaire saga de hard-science que Frank Herbert est jamais écrite. Elle apparaît dans l’intégralité de l'histoire aussi bien dans son développement que dans sa conclusion, elle est la clé de voûte de toutes les grandes familles représentées dans Dune  et elle n'est d'aucune pitié envers son utilisateur. Ici, sur la planète Arakis, il n'y a guère de mégalopoles, encore moins de dictature ou de grosses corporations crapuleuses, juste des Maisons familiales, sortes de castes qui se tirent dans les pattes pour le contrôle des terres, empire interstellaire féodal oblige. L’épice rend clairvoyant celui qui l'ingère, mais le revers de la médaille se situe dans sa complète addiction menant tout droit à l'aliénation. Dune est un univers créé par Herbert où l'Epice est une sorte de fourre-tout universel (pétrole à tout faire), créant ainsi une vicieuse boucle sans fins entre les différents peuples qui se faisant la guerre grâce à elle et pour elle, sont aussi obligés de s'y fier pour accomplir des tâches divinatoires. Ou quand une drogue régit tout un univers, notre bon vieux pétrole n'a cas bien se tenir. 


Une affaire des Stup

   Pour conclure ce sujet qui ne demande pas mieux que d'être tourné et retourné au sein d'un débat de longue haleine, il serait aussi bon de mettre un point d'honneur sur les oeuvres de Philip K.Dick et de toute la littérature Cyberpunk (ainsi que le cinéma) qui arbore largement les problèmes liés à la consommation de drogues que la prise soit volontaire ou involontaire. Quand le gouvernement drogue le peuple à son insu pour gérer les problèmes de délinquance et de criminalité, pour limiter le développement et pour avoir la mainmise sur l'industrie,  c'est cruel alors qu'en ait-il d'un gouvernement qui injecte directement des doses dans des marchés noirs de banlieue afin d'avoir un total contrôle sur l'individu alors que celui-ci se l'ait  injectée  sciemment ? 
Virtual addiction
Et l'addiction aux mondes virtuels alors?
   Bon vous me direz, tout ça n'est pas très original pour peu qu'on s’y intéresse, mais à la question "Les drogues sont-elles néfastes à l'homme du futur ?" vous pourrez maintenant répondre ceci : "Je ne sais pas, ce n'était pas du tout expliqué dans l'article !" ou alors de façon plus raisonnée, "C'est à l'homme du présent de s'en protéger".

Joyeuses Pâques !


Aurélien