Stephen Baxter, un singulier personnage

   Stephen Baxter est un écrivain anglo-saxon que j'ai découvert il y a peu suite à la lecture du premier et du deuxième tome (ainsi que quelques nouvelles)  d'une titanesque fresque spatiale dont il est l'auteur. Le cycle des Xeelees. De la hard science inventive, débridée et fichtrement bien narrée. Quand on parle de hard science on ne peut évidemment pas ne pas penser à Arthur C. Clarke, ce conteur d'épopée spatiale directement placé dans le panthéon des meilleurs écrivains de science-fiction avec Jules Verne et Isaac Asimov, si je puis me permettre. Les best-sellers de Clarke sont nombreux et Baxter s'en serait allègrement influencé, "La cité et les astres (1956)" en ferait partie selon ses dires. 



Stephen Baxter
    Et pour mettre en corrélation cet article consacré à Baxter et le fait que Clarke y soit mentionné deux choses l'une, ce dernier est un écrivain que j'admire beaucoup  et Baxter serait en fait aujourd'hui officiellement son digne successeur, rien que ça. Que ce soit pour ses influences littéraires, son investissement et sa passion pour le cosmos ou bien encore pour son attirance pour les nombres - car diplômé en mathématiques à l'université de Cambridge -  Baxter a aussi coécrit plusieurs romans avec Sir Arthur C.Clarke lui-même (plus ou moins bons). Monsieur Baxter cumule aujourd'hui près de quarante romans et pas loin de deux cents nouvelles, une collection orientée hard science mais pas que ... 

   Avant de se lancer dans la lecture du "Cycle des Xeelees" il est aussi important de savoir à l'avance dans quoi on met les pieds. Si quatre tomes édités aujourd'hui en français aux Editions Le Bélial', dans l'ordre : Gravité (Raft 1991), Singularité (Timelike Infinity 1992), Flux (Flux 1993), Accrétion (Ring 1993), composent les Xeelees (prononcer zili). "Les enfants de la destinée" est une autre saga composée de quatre livres (chez Pocket) qui en fait aussi référence au même titre que plusieurs dizaines de nouvelles que l'on peut retrouver dans un recueil nommé Diagramme du Vide (Vaccum Diagrams 1997). Partant du flash primordial du Big Bang jusqu'aux confins d'un futur que l'on ne peut concevoir même en échelonnant l'éternité le concept de Baxter est simple, nous ouvrir à l'univers.    

   Maintenant que les présentations sont faites, il est préférable de se séparer de toutes les barrières existentielles qui pourraient nous freiner et nous pénaliser quant à l’acception des différentes visions de l'univers que nous propose Stephen Baxter. C'est du moins ce que je me suis dit en lisant cette fresque interstellaire immodérée à l'arrière-gout d’expansion matheuse et de supraconductivité fantasmagorique. Le cycles des Xeelees est avant tout une odyssée  spatiale dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Les "Xeelees" étant la matière originelle, le ciment qui va restructurer l'entropie cosmique de ses œuvres. L'omnipotence des Xeeles est révélée au compte-goutte, ces derniers ne seront que mentionnés, dans un premier temps.

   Mais revenons à une échelle plus 
appréciable, l’échelle humaine. Pour pouvoir mettre en avant une entité proche de la divinité si peu accessible soit-elle, il est préférable que l'aventure démarre sur un plan spatio-temporel qui nous est perceptible et Stephen Baxter ne manque pas d'imagination pour ce faire. Quand je dis perceptible, je ne dis pas forcément compréhensible, car si les premières pages de Gravité mettent en scène des humains dont les mœurs nous paraissent plutôt familières il n'en va pas de même pour l'univers dans lequel ils évoluent. 


Gravité 


   La Ceinture est un anneau métallique de quelques kilomètres à peine, gravitant autour d'une minuscule étoile morte et peuplée de mineurs asservis. Rees, un rat des mines qui, tout comme ses congénères, doit travailler rudement pendant plusieurs tranches en subissant les 5g continuels de la surface du défunt astre à la recherche de ressources à pouvoir troquer contre des rations. Un train de vie éreintant.
   Au-delà de la ceinture il y a le Radeau, gigantesque navire liant le savoir et la supervision au sein de cette nébuleuse dont les forces gravitationnelles semblent avoir établi leurs propres lois. 
   D'antiques échos relatant d'Osseux virevoltent dans la tête de Rees et de vieilles légendes parlent d'un vaisseau et de son équipage ou encore de majestueuses baleines volantes. Rees n'a plus qu'une idée en tête, partir à la recherche de ses origines, au-delà de l'unique lieu qu'il lui ait été donné de voir, au-delà de la ceinture ...

   Partant d'un pitch plutôt banal la force de Gravité vient de son caractère plutôt exotique et inventif. L'histoire aura vite fait de vous happer de votre sofa comme un petit planétoïde subissant une force gravitationnelle inébranlable. Gravité est le premier roman publié par Baxter en 1991 et il introduit assez bien la saga, tant par son aspect hard science dans un premier temps plutôt accessible que par les majestueuses descriptions panoramiques qui y sont décrites rendant l'espace pour un endroit presque agréable pour un dimanche après-midi en famille. Les Xeelees ne font pas encore véritablement partie intégrante de l'histoire il faudra s’intéresser à ses suites pour en sentir l'odeur (même si ce ne sont pas vraiment des suites). Il faudra certainement avoir lu plusieurs romans et nouvelles pour retrouver des personnages ou des lieux communs et même si la temporalité du cycle n'est pas toujours d'une fluidité exemplaire les lecteurs les plus avisés pourront se référer à l'ingénieuse "Chronologie de l'univers des Xeelees" éditée par Le Bélial' à la fin de Singularité par exemple. Pour les autres ce n'est qu'une question de perception. 



"D'après certaines théories, la conscience était un phénomène quantique. La réalité - l'Univers lui-même - tirait son existence des seuls esprits conscients, dans la mesure où ces derniers fondaient les possibilités infinies de chaque fonction d'onde quantique en un événement unique inscrit dans l'Histoire. L'Univers, disait-on, requérait la conscience pour exister." S.Baxter