La stratégie Ender (le film)

   "La stratégie Ender" est pour les uns un roman de science-fiction écrit par Orson Scott Card publié en 1986 en France et pour les autres un récent blockbuster hollywoodien qui est sorti dans les salles le 6 novembre 2013. Ni voyez aucunes discriminations dans ces propos je tenais juste à prendre un raccourci pour vous suggérer d'aller jeter un coup d'oeil aux articles que j'ai consacrés à la saga, ici. Maintenant voyons ce que cette adaptation a dans le froc !





Ender's Game de son vrai nom 

   Il y a quelques décennies des êtres insectoïdes extraterrestres appelés doryphores envahirent la Terre. Débuta alors une guerre sans mercis qui ne laissa plus vraiment d'espoir à la race humaine. Mais le commandant de la Flotte Internationale en personne, Mazer Rackham, un pilote à la bravoure démesurée s'engagea tête baissée dans le ventre d'un vaisseau porteur ennemi et les chasseurs extraterrestres tombèrent comme des mouches, l’humanité était sauvée. Mais voilà, cette situation n'allait pas durer indéfiniment. La planète des doryphores existait toujours et la prochaine attaque plus imminente que jamais serait surement la dernière.


   En orbite autour de la terre, il y a l'Ecole de guerre où sont entraînés de jeunes enfants - ayant tout juste fini leurs études - à se battre dans des salles de jeu dédiées, en l'absence de gravité. Andrew "Ender" Wiggins est un jeune garçon qui a été sélectionné pour suivre ces rudes entraînements  ces jeux de guerre. Il est timide, chétif et peu apprécié des autres, mais pour le colonel cela n'a pas d'importance. Ender possède un potentiel énorme, une rage infantile que le colonel Graff compte bien extirper de sa coquille par le biais de l'Ecole de guerre afin d'en faire un soldat exemplaire, digne du héros Mazer Rackham.



Qui est ce monsieur ?
   
   On ne peut pas dire que Gavin Hood ait réussi jusqu'ici à faire parler de lui en tant que cinéaste. Mais notons tout  de même qu'il est le réalisateur d'une huitaine de films et que l'un des plus gros budgets qu'il ait alloué à l'une de ses productions est revenu au regrettable "X-Men Origins : Wolverine" alors pour ce qui était de mes attentes concernant "La stratégie Ender" je peux vous assurer qu'elles étaient fébriles ; intensément optimistes et pleines de vide.


Stratégie ou tragédie ?

   Le film démarre très rapidement et enchaîne les premiers chapitres du bouquin avec une rapidité presque nauséabonde, les scénettes s'encastrent comme dans une bande-dessinée et les personnages tombent du ciel comme des bisounours. Subterfuge clairement réalisé afin de raccourcir les plusieurs années de l'enfance d'Ender qui sont racontées dans le roman et qui le séparent de son admission à l'école de guerre. 
 Le décollage de la navette depuis la Terre en direction de cette dernière marque pour le coup le réel début du film ce qui fait carrément passer le premier quart d'heure pour un simple rodéo narratif qui tend à rester fidèle à l'oeuvre de Card mais un tantinet cafouilleux.


Garde-à-vous la bleusaille !
   Puis le film commence à prendre ses aises, on apprend à connaitre les nouveaux partenaires de "Jeu" d'Ender ainsi que ses supérieurs de façon moins intrusive le tout dans un style assez propre et politiquement correct, quoique apprendre à des enfants à faire la guerre reste tout à fait discutable. Là aussi, l’évolution d'Ender au sein de l'Ecole de guerre va se faire assez rapidement et le cheminement qu'il suit dans le livre n'est pas tout à fait respecté ici, cela nous évitera quelques redondances liées aux entraînements probablement et autres batailles contre les différentes équipes qui englobent une partie du roman. Les entraînements se font finalement plus rares qu'on pourrait le penser mais ceux-ci restent plutôt charmants et encore une fois très fidèles. Toute l'histoire est finalement très bien transposée et les raccourcis pris pour l'adaptation au cinéma me semblent à mon sens tout à fait légitimes. On notera tout de même la disparition totale des activités anonymes commanditées par Peter et Val et consacré à la publications de messages pertinents sur certains forums politiques. Peter et Valentine, le frère et la sœur d'Ender ne sont malheureusement qu’effleurés dans le film et n'ont pas vraiment d’intérêts à l'écran sinon de réactiver certains sentiments perdus au fond de la tête du petit Wiggins. Après tout qu'est ce qu'une histoire de forum politique viendrait faire dans un film comme celui-là ? je vous le demande ...

   L'écriture est plutôt agréable même si certains dialogues ne font pas mouche là où ils devraient normalement nous rendre empathique et jouer avec nos sentiments les plus profonds, la magie du cinéma a du mal à opérer. Le jeu d'acteur d'Asa Butterfield (Ender) et vraiment bon, il ne sourit presque jamais tout en laissant une porte ouverte au spectateur sur sa personnalité par des regards en coin et quelques attitudes nonchalantes, rebelles et parfois mal assurées, ce qui permet de combler ce léger manque de partage émotionnel cité plus haut. 



Ender en grand maestro de l'espace

   Le reste du casting est plutôt chouette, Harrison Ford en (trop) vieux colonel manipulateur et acariâtre, Aramis Knight dans le rôle du petit "Bean" qui est plutôt convaincant malgré son temps de présence dans le film plutôt limité par rapport à l’intérêt que lui porte Ender dans le livre, et pour finir Ben Kingsley recouvert pour le coup d'un tatouage Maori sur toute la tronche, anecdotique mais assez photogénique. 


   Les effets spéciaux sont de très bonne facture. Tout en nuances et affranchi d'une réelle touche artistique, les scènes plus dynamiques et les panoramas cosmiques ne manqueront pas de titiller le fan de space-opéra qui est en vous. Petite mention spéciale pour les zooms ultra-rapides qui permettent à la Flotte Internationale de choper des images de l'espace en live. Quant à la bande originale elle est très jolie dans l'ensemble, tantôt mélodieuse tantôt électronique le petit protégé d'Harry Gregson-Williams, Steve Jablonsky fait un travail tout à fait honorable.  



Les insectes sont nos amis

    "La stratégie Ender" au cinéma est un film à voir rien que pour le propos qu'il tient, c'est une histoire forte et grave reposant sur une science-fiction mature qui n'a pas de prétention, faisant appel à notre sensibilité il a l'avantage de pouvoir être regardé par les plus jeunes ; la lecture et la compréhension finale du long-métrage restent tout de même relatives, avec un léger avantage pour ceux ayant eu la version papier entre les mains. Je vous conseille d'ailleurs de lire la saga dans son entièreté car les aventures d'Ender ne s'arrêtent heureusement pas là. Ainsi contre toute attente je suis ressorti de la salle de cinéma fraîchement ravis, ma fébrilité avait disparu et ma peur des insectes aux pattes crochues aussi. 


Aurélien

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